La corruption pour les nuls
Faire un bon polar n'est pas donné à tout le monde, et ce n'est certainement pas le casting qui en fait l'intérêt. Réunir Takahashi Issey et Saitoh Takumi ne présage donc pas forcément du meilleur. Tous deux sont capables du pire selon leurs rôles et le mystery drama. Souvent teinté de fantastique, ils héritent également de personnages aux pouvoirs improbables ou aux personnalités artificiellement mystérieuses, frôlant parfois le ridicule. La réalisation de leurs séries est elle aussi très inégale, au point de donner parfois l'impression qu'ils signent certains projets uniquement pour remplir la gamelle, en livrant le strict minimum dans leur interprétation.Je n'attendais donc absolument rien de Hanzaisha: Criminal, surtout avec un titre aussi générique. Pourtant, la série a totalement balayé mes préjugés.
Soyons clairs, c'est le meilleur thriller de l'été. Mais attention, il est sans concession. Ici, pas de romance, pas de fantastique, seulement un véritable polar comme on n'en fait presque plus. Adapté du célèbre roman d'Ai Ota, il mêle enquête policière, politique et grandes entreprises, dans un univers où la corruption gangrène tous les échelons. Sa narration, construite sur plusieurs lignes temporelles, lui a longtemps valu la réputation d'être quasiment impossible à adapter à l'écran. Le format en série était donc la meilleure solution, et le résultat est une réussite.
Les personnages, tout en retenue, paraissent profondément humains. Les blessures subies lors d'une bagarre ne disparaissent pas d'un épisode à l'autre, les hématomes restent visibles et les personnages continuent d'en souffrir plusieurs épisodes plus tard. Ces petits détails renforcent considérablement le réalisme. Les scènes du quotidien, comme les repas ou les moments de fatigue, participent également à cette impression de vérité et c'est tout juste si on ne les voie pas faire caca. On se rapproche tellement du réel que certaines séquences, notamment les faux reportages de l'épisode 2 criants de vérité, glacent le sang sans jamais montrer la moindre image des victimes. La musique reste discrète, voir minimaliste, mais tellement stressante. La série parvient ainsi à nous faire croire entièrement à son histoire, malgré quelques coïncidences parfois un peu trop téléphonées. Rappelant, pour nous faire de temps en temps respirer, qu'on est en face d'une fiction.
Chaque épisode met également en avant de nouveaux personnages, parfois présents uniquement le temps d'un seul épisode, mais suffisamment développés pour devenir crédibles, attachants ou profondément détestables. L'épisode 2, par exemple, délaisse presque totalement les protagonistes principaux, qui ne réapparaissent que très discrètement dans le troisième épisode, lui même consacré à d'autres personnages qui auraient put être les héros de la série. Ce choix narratif rend pourtant l'enquête encore plus passionnante, tant il enrichit progressivement l'univers et les enjeux.
Il est finalement dommage que tous les épisodes aient été mis en ligne simultanément, même si Prime a tout de même fait l'effort de garder les deux derniers pour une semaine après, histoire de buzzer un peu. Une diffusion hebdomadaire aurait sans doute favorisé les théories et les discussions tout au long de l'été, plutôt que d'encourager le binge-watching, pratique trop développée dans notre société de consommation, capitaliste et corrompue par l'argent roi.
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