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  • Last Online: Jan 1, 2022
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Film somptueux, superbes décors et costumes. Casting extra-ordinaire. Superbe jeu d'actrices. Histoire de trahison à la cour, histoire de femmes vertueuses, histoire décomplexée. Photo magnifique. Un vrai régal. Récompense pour Kim Sae Ron et son magnifique jeu d'actrice. Avec Jong Yong Hwa lui aussi récemment récompensé par un award' Plaisir des yeux, des sens.
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Hee Soo  : Vertigo en réalité virtuelle
Séoul, de nos jours, un jeune couple de classe moyenne. La jeune femme tente de concilier sa vie personnelle et professionnelle tant bien que mal. Un jour elle est témoin d'un événement traumatique. Plutôt que de suivre une thérapie pour surmonter le trauma et sortir de son état dépressif, elle décide d'essayer un dispositif innovant de réalité virtuelle inventé par un ami du couple, en total désaccord avec son mari.
Alors que le récit semble prendre une tournure mélodramatique, c'est vers un autre genre que nous emmène l'histoire. Après une séquence traumatisante d'un accident, une autre séquence choc pour une autre raison.
Dès sa première séance de VR, coiffée d'un casque, la jeune femme déambule dans un immense studio en fond vert, c'est le début de la chute, le début de l'enfer. Elle est happée inexorablement par le vertige de l'IA. Son mari est un spectateur effaré. A ses côtés, le génial inventeur contrôle les paramètres de la VR et  devant eux des écrans de contrôles affichent l'un la vision subjective du casque, un autre la reconstitution de la réalité virtuelle par l'IA, ce que croit vivre en " vrai" la jeune femme, qui n'est qu'une simulation numérique. La vie de tous les jours auprès d'un être cher. Ce thème a déjà été abordé ailleurs mais ici c'est son développement qui est original. Cette séquence paraît anodine mais il n'en est rien. Cette séquence est une mise en abyme rarement vu. A filer le vertige. Cette situation va à l' encontre de notre intellect, notre perception de la réalité, notre sens moral et de l'éthique. C'est un bouleversement anthropologique.
Le mari semble atterré lui aussi face au spectacle qu'il voit et les allers et retours abruptes entre le monde virtuel et le monde réel sont perturbants voir dérangeants. A la fin de la séquence, accroupie, la jeune femme tente d'enlacer un être humain qui n'existe pas. Poignant ! Cette séquence est en fait la reconstitution presque à l'identique d'une expérience initiée par une société d' IA Sud Coréenne en 2016. L'expérience a permis à une femme de voir une dernière fois un proche défunt dans une simulation en VR.  Ce n'est pas un canular. Je vous conseille de voir le film puis après le documentaire sur l'expérience de 2016. Ultra dérangeant. A partir de ce fait réel, Choi Sang Yeol, le réalisateur, construit avec habilité et intelligence l'inconcevable pour la majorité des êtres humains sur cette planète. La simulation virtuel de l'amour pour un être cher.

Petit à petit, la jeune femme s'approche de la folie et sombre peu à peu dans une sorte de psychose tandis que le mari, tente de la ramener tant bien que mal à la réalité. Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Le scénario se complexifie. Le récit enchaîne des séquences effarantes : au domicile, le mari est témoin des déambulations joyeuses de sa femme affublée du vasque VR, comme dans un état extatique qui tranche avec son etat dépressif dans la vie réelle. D'autres situations incongrues arrivent comme quand la belle- mère débarque à l'improviste et découvre horrifiée les agissements de sa fille. Deux points de vues, alors, s'opposent.

A un autre moment, la jeune femme demande à l'inventeur du dispositif de rendre plus autonome l'IA, ce qui donne libre court à un dialogue surréaliste qui tient du génie ou de la folie entre les 2 protagonistes sur ce "qui fait humain" .

Sans compter la séquence de l'hôpital, la jeune femme perd pied en prenant conscience des limites de l'expérience VR, l'absence du contact réel avec l'autre. Je ne vais pas aligner ici toutes les séquences choc,  effrayantes, dérangeantes du film mais à chaque fois ça sonne juste. Et plus on avance dans le récit et plus le cauchemar prend forme comme dans l'Enfer de Dante par cercles plus restreints, par paliers le cauchemar de la VR prend forme. La jeune femme parvient même à apercevoir un personnage portant un casque VR dans le monde virtuel. Une boucle sans fin !

Dans ce film, l'IA est un personnage à part entière avec une forme humaine et sous la forme d'un objet connecté, d'abord docile et répondant aux attentes de l'utilisateur, elle finit par compiler toutes les informations numériques existantes de l'utilisateur, vidéos de camera de surveillance, sms échangés, discussions téléphoniques ou conversations secrètes des amants enregistrés à leur insu par leur propre smartphone en veille. L'IA apprend de ses recherches d'informations et s'adapte à l'utilisateur du casque, en déformant la réalité, en mentant, en manipulant, en modifiant le comportement. Comme quand le mari essaie le casque pour vivre à son tour une expérience virtuelle, un rebondissement inattendu survient alors. Avec le même procédé utilisé par Hitchcock dans Vertigo (le travelling compensé) le récit bascule et devient plus angoissant. Jusqu'à un dénouement somme toute logique et cohérent. Un nouveau trauma survient, la boucle infernal de la VR sans fin se poursuit. Dans une séquence ébouriffante la camera plonge depuis le toit d'un building jusqu'au coeur des data center, immenses salles contenant d'immenses armoires métalliques noir aux voyants clignotants fonctionnant 24/24h compilant sans relâche toute nos données personnels permettant à l'IA de créer un profil de chacun de nous.
Récit hors norme et extra-ordinaire, Hee Soo est un film-choc est très impressionnant par le thème abordé et son développement qui passe par tous les genres, drame familiale, couple en crise, thriller angoissant, science-fiction sans jamais perdre le fil conducteur.
Les directions artistiques et techniques sont impeccables. Si les effets spéciaux sont maîtrisés, le récit fait la part belle aux réactions des protagonistes et c'est l'une des forces du film, la direction d'acteurs. Jeon So Min dans le rôle de la jeune femme et Park Sung Heon, le mari sont impressionnants de vérité et pourtant ils n'ont pas vécu ces expériences. Enfin, je l'espère.

Le récit avait matière pour être plus horrifique voir insoutenable, ce n'est pas le choix qui a été fait même s'il est à la limite. L'effroi vient du fait qu'ici, l'inconcevable, c'est la réalité virtuelle  qui simule la réalité de l'intime, de l'amour porté à un être cher. Et c'est dérangeant. C'est bel et bien la tentative de simuler l'intime de notre vie, de simuler le sentiment d'amour qui perturbe. Jusqu'à la conclusion finale glaçante et désespérée, la dernière réplique prononcée dans le monde virtuel : "Moi aussi je t'aime" qui arrive bien trop tard.
En 1992, dans Terminator 2,  le jugement dernier, John Connor répétait à tue tête: "Il n'y a pas de destin mais ce que nous faisons". En 2021, Hee Soo nous dit que le futur est déjà là dans nos foyers, nos smartphones, nos tablettes etc... et nous interroge sur nos usages  compulsifs de l'IA et sur la véracité de nos rapports humains (hypocrisies, mensonges, trahisons, lâcheté, avidité, amour véritable, déliquescence des sentiments) et la perception du réel (folie, altération de la perception, expériences traumatisantes). Nos comportements font l'IA de demain, c'est à dire le jour d'après. La réalité dépasse la fiction.
Hee Soo est une expérience dont on ne sort pas indemne, comme le disait Jack Sully décrivant son réveil après son hibernation spatial :  'C'est comme après une cuite à la tequila ou après un passage à tabac". 2 expériences que j' ai moi même vécu en vrai. (Je ne parle pas de l'hibernation dans l'espace).
Hee Soo a obtenu le prix du meilleur film au KOREAN UHD AWARD 2021, récompense amplement méritée et je lui souhaite une grande diffusion à l'internationale.
Ce film va devenir une des références incontournable abordant la réalité virtuelle, KBS devrait organiser une soirée télé spéciale VR et IA en direct avec l'équipe du film et des universitaires de toutes disciplines afin de débattre. Ce serait bien !
Le meilleur drama spécial réalisé à ce jour. A voir de toute urgence.
Bon film.
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