La Spec-tialité du Drama Japonais
Si un drama a marqué la décennie précédente, c'est bien Spec. Sortie à une époque où le Japon exportait encore peu ces Dramas, Big N permet aujourd'hui à toute une génération de découvrir la folie qui frappe souvent les scénaristes japonais, matière de super-héros, ou de Buddy Movie.
Et pourtant, à l'écran comme sur le papier, rien ne prédestinait cette série à devenir culte. Deux acteurs à la renommée encore balbutiante en les personnes de Kase Ryo et la jeune Erika Toda avaient encore tout à prouver à l’époque. Des sidekicks bedonnants, voire ridicules, et surtout une ambiance et une mise en scène à la Derrick. Je prends volontiers un exemple occidental m’adressant non pas aux fans de la série ou même de séries policières japonaises du début des années 2000, mais bien aux néophytes, ayant quand même les séries soporifiques de papy et mamie en référence. Démarrant et prenant en bonne partie place dans ce bureau austère de la section Mushou, la mise en scène, les « bon sang, mais c’est bien sûr », les « Hercule Poirot » ou les explications de notre enquêtrice à l’oreille du coupable dans les cinq dernières minutes rappellent tellement tout ce qui s’est fait ces cinquante dernières années, d’Agatha Christie à Detective Conan en passant par Columbo. Si bien qu’on était prêts, pour beaucoup de jeunes de 2010, à passer notre chemin.
Mais il a été évoqué dans cette trop longue introduction qui semble figé le temps, peut-être, les uniques points négatifs. Car tout le reste n’est que bonheur, faisant de cette œuvre une masterpiece du drama japonais, toutes catégorie confondues.
Le thème encore peu exploré à l’époque des pouvoirs surnaturels et de la section d’enquête rappelle évidemment X-Files, mais avec un humour décalé et une écriture loufoque, que permettent toutes les dingueries du thème. Un mélange de buddy movie et de X-Files dans une ambiance à la Derrick, mêlant humour, suspense et émotion avec un minimum de moyens.
Le côté cheap de la série (tout du moins dans les premiers épisodes) est largement compensé par la prestation de nos deux acteurs. Sebumi froid, strict mais tellement touchant au fur et à mesure de sa progression dans ce monde irrationnel. Tout le talent d'une futur star de cinéma qu'est devenu Kase Ryo après cette série était déjà là. Se baladant avec son petit sac en papier, il fait autant de peine qu’il impose le respect, mais toujours avec classe. Il incarne à la perfection le Japon de l’ordre, des traditions et de la hiérarchie. Mais les temps changent, preuve en est le rappel permanent à la construction de la Skytree, symbole de l’ouverture du pays à la modernité et au reste du monde.
Symbole incarné également par la pièce maîtresse de l’œuvre, celle qui porte sur ses épaules toute la perfection de celle-ci, c’est bien sûr Toda Erika. Alors qu’elle servait surtout de faire-valoir à des partenaires masculins comme dans Liar Game encore deux ans plus tôt, elle crève littéralement l’écran dans son rôle de Toma. Cassant par la même tous les codes attribués au genre féminin dans les dramas, y compris d’enquête. Fini l’ingénue sexy en admiration devant l’enquêteur. Fini également l’intellectuelle, rat de bibliothèque… mais sexy. Non, Toma est crasseuse, lourde, vulgaire, autoritaire, maladroite, et passe les dix épisodes avec un bras dans le plâtre, sa valise dans lautre main. Toma n’a rien d’une Cendrillon, les cheveux sont sales, elle sent l’ail et ingurgite des gyoza à longueur de journée, et tout ça la rend pourtant tellement fascinante. Elle incarne la série, mettant à genoux tous ses partenaires, qui semblent alors jouer leur rôle comme des enfants.
Il y a bien d’autres personnages emblématiques, comme le chef trop vieux pour sortir avec la toute jeune Arimura Kasumi (16 ans à l’époque), mais vous vous en doutez, ils sont tous d’un pathétisme absolu, dénonçant il y a 16 ans déjà le patriarcat maladif d’un Japon toujours dans une mouvance paternaliste. Mais tout n’est pas parfait dans la série, comme la tendance de Sebumi, dans les premiers épisodes, à facilement donner un coup à sa partenaire, rappelant qu’en 2010, le machisme, c’était aussi ça.
Erika met clairement un coup de pied dans la formule et est propulsée, grâce à ce rôle entre autres, dans la cour des grandes actrices, mais aussi des influenceuses de l’époque. Et tout ça avec un humour ravageur, des situations plus loufoques les unes que les autres. Les Specs permettent tous les délires, mais même sans cela, avec un duo aussi en iconique, une musique et même une ambiance sonore aussi prenantes, Spec reste LA série de l’ère Heisei, cette période qu’on essaye d’oublier par un grand lavage de cerveau. Mais impossible d'effacer un souvenir si odorant.
Et pourtant, à l'écran comme sur le papier, rien ne prédestinait cette série à devenir culte. Deux acteurs à la renommée encore balbutiante en les personnes de Kase Ryo et la jeune Erika Toda avaient encore tout à prouver à l’époque. Des sidekicks bedonnants, voire ridicules, et surtout une ambiance et une mise en scène à la Derrick. Je prends volontiers un exemple occidental m’adressant non pas aux fans de la série ou même de séries policières japonaises du début des années 2000, mais bien aux néophytes, ayant quand même les séries soporifiques de papy et mamie en référence. Démarrant et prenant en bonne partie place dans ce bureau austère de la section Mushou, la mise en scène, les « bon sang, mais c’est bien sûr », les « Hercule Poirot » ou les explications de notre enquêtrice à l’oreille du coupable dans les cinq dernières minutes rappellent tellement tout ce qui s’est fait ces cinquante dernières années, d’Agatha Christie à Detective Conan en passant par Columbo. Si bien qu’on était prêts, pour beaucoup de jeunes de 2010, à passer notre chemin.
Mais il a été évoqué dans cette trop longue introduction qui semble figé le temps, peut-être, les uniques points négatifs. Car tout le reste n’est que bonheur, faisant de cette œuvre une masterpiece du drama japonais, toutes catégorie confondues.
Le thème encore peu exploré à l’époque des pouvoirs surnaturels et de la section d’enquête rappelle évidemment X-Files, mais avec un humour décalé et une écriture loufoque, que permettent toutes les dingueries du thème. Un mélange de buddy movie et de X-Files dans une ambiance à la Derrick, mêlant humour, suspense et émotion avec un minimum de moyens.
Le côté cheap de la série (tout du moins dans les premiers épisodes) est largement compensé par la prestation de nos deux acteurs. Sebumi froid, strict mais tellement touchant au fur et à mesure de sa progression dans ce monde irrationnel. Tout le talent d'une futur star de cinéma qu'est devenu Kase Ryo après cette série était déjà là. Se baladant avec son petit sac en papier, il fait autant de peine qu’il impose le respect, mais toujours avec classe. Il incarne à la perfection le Japon de l’ordre, des traditions et de la hiérarchie. Mais les temps changent, preuve en est le rappel permanent à la construction de la Skytree, symbole de l’ouverture du pays à la modernité et au reste du monde.
Symbole incarné également par la pièce maîtresse de l’œuvre, celle qui porte sur ses épaules toute la perfection de celle-ci, c’est bien sûr Toda Erika. Alors qu’elle servait surtout de faire-valoir à des partenaires masculins comme dans Liar Game encore deux ans plus tôt, elle crève littéralement l’écran dans son rôle de Toma. Cassant par la même tous les codes attribués au genre féminin dans les dramas, y compris d’enquête. Fini l’ingénue sexy en admiration devant l’enquêteur. Fini également l’intellectuelle, rat de bibliothèque… mais sexy. Non, Toma est crasseuse, lourde, vulgaire, autoritaire, maladroite, et passe les dix épisodes avec un bras dans le plâtre, sa valise dans lautre main. Toma n’a rien d’une Cendrillon, les cheveux sont sales, elle sent l’ail et ingurgite des gyoza à longueur de journée, et tout ça la rend pourtant tellement fascinante. Elle incarne la série, mettant à genoux tous ses partenaires, qui semblent alors jouer leur rôle comme des enfants.
Il y a bien d’autres personnages emblématiques, comme le chef trop vieux pour sortir avec la toute jeune Arimura Kasumi (16 ans à l’époque), mais vous vous en doutez, ils sont tous d’un pathétisme absolu, dénonçant il y a 16 ans déjà le patriarcat maladif d’un Japon toujours dans une mouvance paternaliste. Mais tout n’est pas parfait dans la série, comme la tendance de Sebumi, dans les premiers épisodes, à facilement donner un coup à sa partenaire, rappelant qu’en 2010, le machisme, c’était aussi ça.
Erika met clairement un coup de pied dans la formule et est propulsée, grâce à ce rôle entre autres, dans la cour des grandes actrices, mais aussi des influenceuses de l’époque. Et tout ça avec un humour ravageur, des situations plus loufoques les unes que les autres. Les Specs permettent tous les délires, mais même sans cela, avec un duo aussi en iconique, une musique et même une ambiance sonore aussi prenantes, Spec reste LA série de l’ère Heisei, cette période qu’on essaye d’oublier par un grand lavage de cerveau. Mais impossible d'effacer un souvenir si odorant.
Was this review helpful to you?

