Une route pas si droite...
C’est toujours un plaisir de revoir Toda Erika dans un premier rôle. Si son récent Reboot ne m’avait pas convaincu, tant il était dénué de réalisme, Straight to Hell se veut l’antichrist du « what the fuck » déballé dans cette histoire de chirurgie parfaite complètement improbable. Et c’est justement le physique de Toda-san qui va être mis à l’épreuve dans ce biopic historique dépeignant la vie de l’une des figures les plus controversées des médias japonais, la voyante télévisuelle Hosoki Kazuko, disparue en 2021 à l’âge de 83 ans.
Après avoir fait partie de la grande famille des Femmes ayant fait le Japon dans les fameux asadora de la NHK, incarnant durant le XXe siècle la sympathique Kawahara Kimiko, génie de la céramique, elle ne semble pas effrayée de rempiler dans une nouvelle fresque historique dépeignant la même période. Mon sentiment était que, depuis Scarlet, elle n’avait plus vraiment rayonné dans un drama, ses premiers rôles étant éclipsés par ses partenaires, souvent bien plus marquants, comme dans Story of My Family, Police in a Pod ou justement le récent Reboot, qui n’en était vraiment pas un pour sa carrière, ne convainquant pas avec son côté faussement mystérieux.
Mais avec Netflix à la manœuvre et en incarnant quasiment chaque minute d’écran disponible la sulfureuse Hosoki Kazuko, elle risque bien de relancer sa carrière, en particulier à l’international. Car cette série s’offre le luxe de sortir dans tous les pays en même temps, avec doublage régional, monsieur ! Évidemment, c’est un crime de lèse-majesté d’entendre autre chose que la voix originale d’Erika, surtout que l’effort de mimétisme ne s’est pas porté uniquement sur le maquillage ou les gestes, mais aussi sur la voix, qui doit être cohérente avec l’âge du personnage, 66 ans lors de l’intrigue en 2004.
Bien sûr, les habitués de l’actrice seront gênés par sa prestation durant cette période, le maquillage révélant tout de même son âge réel. Elle adopte en plus des manières à la Sharon Stone dans Basic Instinct, assez gênantes à mon gout, accentuant encore le côté « cosplay » de son personnage. En face, son intervieweuse prend bien plus d’ampleur, incarnée par la toujours sympathique mais trop peu présente à l’écran Ito Sairi. Un film et un drama par an en général, comme si ses personnages de gentilles coincées se reflétaient dans les propositions de rôles. Pourtant, avec sa voix cassée, on peut lui imaginer tellement de propositions cinématographiques. Ici encore, elle découvre un mentor qui va lui apprendre comment une femme doit prendre en main sa vie plutôt que de la subir.
Les hommes vont donc en prendre pour leur grade nous promet on, même si la réalité historique et sociétale rattrape régulièrement le personnage incarné par Erika. Netflix a mis tous les moyens possibles pour faire de ce drama une référence dans la description des ères Shōwa et Heisei. Les costumes, la mise en scène et surtout les décors sont magnifiques et, même s’ils sont parfois trahis par les effets numériques et les plateaux de studio, la reconstitution des ruines de l’après-guerre est bluffante. Les cabarets sont fastueux, tout comme les demeures, et la bande originale, bien à sa place, accompagne la tension, que l’on aurait toutefois souhaitée plus intense.
Car l’histoire et la prestation d’Erika m’ont laissé un peu sur ma faim. Comme si j’étais son personnage, jamais rassasié par l’assouvissement de mes désirs. Ceux-ci étant de la voir réellement sombrer dans le mal jusqu’à en devenir ivre. Mais, sans trop spoiler, il est clair que la série insiste davantage sur les romances avec de beaux yakuza à la classe à la Delon dans Borsalino, avec pour seul sang sur les mains… le leur. Ils font à peine plus peur que des yankees de lycée. Un peu comme si Erika était Cendrillon et que les différents héritiers crapuleux étaient des princes charmants. Il y a bien de la violence faite aux femmes, souvent suggérée d’ailleurs, comme s’il fallait lisser le propos pour une production internationale Netflix.
La descente aux enfers tarde donc à venir, du moins visuellement. Il faudra passer bien des épisodes remplis de romantisme et de succès dans le business avant de voir le côté sombre du personnage. Sa déchéance ou sa réelle personnalité, c'est au choix, n’arrivent qu’après avoir joué cinquante fois les bons samaritains. Le déroulement insiste finalement peu sur le côté escroc et la terreur qu’elle a imposée à la télévision pendant ses dernières années. Ainsi, elle sauve une grande célébrité du suicide et se montre particulièrement délicate avec sa biographe. Elle prêche sans cesse qu’elle se venge des hommes, mais oublie que le métier d’host est particulièrement rémunérateur pour les hommes qu'elle paye.
Si, comme moi, vous vous attendiez à une véritable pourriture, à une diablesse qui s'habille en Prada profitant de la misère issue de l'explosion de la bulle économique, vous devez passer votre chemin, car l’ennui vous guette malheureusement. La TV poubelle et les années de voyantisme n’arrivent que dans l’avant-dernier épisode, alors que ce sont les trois décennies 80, 90 et 2000 de la Trash TV qui m’intéressaient. Toda Erika et Ito Sairi ne prennent alors de la consistance qu'à ce moment-là, nous interrogeant sur l'intérêt des 8 heures précédentes, alors qu'il ne reste qu'une heure trente pour conclure 80 années de vie. Reste la reconstitution de la guerre et des Trente Glorieuses, rarement aussi bien filmée. Cette série reste finalement une belle ambassadrice des ères Shōwa et Heisei. Dommage que le chemin pour arriver à ces années de « paradis » soit si sinueux.
Après avoir fait partie de la grande famille des Femmes ayant fait le Japon dans les fameux asadora de la NHK, incarnant durant le XXe siècle la sympathique Kawahara Kimiko, génie de la céramique, elle ne semble pas effrayée de rempiler dans une nouvelle fresque historique dépeignant la même période. Mon sentiment était que, depuis Scarlet, elle n’avait plus vraiment rayonné dans un drama, ses premiers rôles étant éclipsés par ses partenaires, souvent bien plus marquants, comme dans Story of My Family, Police in a Pod ou justement le récent Reboot, qui n’en était vraiment pas un pour sa carrière, ne convainquant pas avec son côté faussement mystérieux.
Mais avec Netflix à la manœuvre et en incarnant quasiment chaque minute d’écran disponible la sulfureuse Hosoki Kazuko, elle risque bien de relancer sa carrière, en particulier à l’international. Car cette série s’offre le luxe de sortir dans tous les pays en même temps, avec doublage régional, monsieur ! Évidemment, c’est un crime de lèse-majesté d’entendre autre chose que la voix originale d’Erika, surtout que l’effort de mimétisme ne s’est pas porté uniquement sur le maquillage ou les gestes, mais aussi sur la voix, qui doit être cohérente avec l’âge du personnage, 66 ans lors de l’intrigue en 2004.
Bien sûr, les habitués de l’actrice seront gênés par sa prestation durant cette période, le maquillage révélant tout de même son âge réel. Elle adopte en plus des manières à la Sharon Stone dans Basic Instinct, assez gênantes à mon gout, accentuant encore le côté « cosplay » de son personnage. En face, son intervieweuse prend bien plus d’ampleur, incarnée par la toujours sympathique mais trop peu présente à l’écran Ito Sairi. Un film et un drama par an en général, comme si ses personnages de gentilles coincées se reflétaient dans les propositions de rôles. Pourtant, avec sa voix cassée, on peut lui imaginer tellement de propositions cinématographiques. Ici encore, elle découvre un mentor qui va lui apprendre comment une femme doit prendre en main sa vie plutôt que de la subir.
Les hommes vont donc en prendre pour leur grade nous promet on, même si la réalité historique et sociétale rattrape régulièrement le personnage incarné par Erika. Netflix a mis tous les moyens possibles pour faire de ce drama une référence dans la description des ères Shōwa et Heisei. Les costumes, la mise en scène et surtout les décors sont magnifiques et, même s’ils sont parfois trahis par les effets numériques et les plateaux de studio, la reconstitution des ruines de l’après-guerre est bluffante. Les cabarets sont fastueux, tout comme les demeures, et la bande originale, bien à sa place, accompagne la tension, que l’on aurait toutefois souhaitée plus intense.
Car l’histoire et la prestation d’Erika m’ont laissé un peu sur ma faim. Comme si j’étais son personnage, jamais rassasié par l’assouvissement de mes désirs. Ceux-ci étant de la voir réellement sombrer dans le mal jusqu’à en devenir ivre. Mais, sans trop spoiler, il est clair que la série insiste davantage sur les romances avec de beaux yakuza à la classe à la Delon dans Borsalino, avec pour seul sang sur les mains… le leur. Ils font à peine plus peur que des yankees de lycée. Un peu comme si Erika était Cendrillon et que les différents héritiers crapuleux étaient des princes charmants. Il y a bien de la violence faite aux femmes, souvent suggérée d’ailleurs, comme s’il fallait lisser le propos pour une production internationale Netflix.
La descente aux enfers tarde donc à venir, du moins visuellement. Il faudra passer bien des épisodes remplis de romantisme et de succès dans le business avant de voir le côté sombre du personnage. Sa déchéance ou sa réelle personnalité, c'est au choix, n’arrivent qu’après avoir joué cinquante fois les bons samaritains. Le déroulement insiste finalement peu sur le côté escroc et la terreur qu’elle a imposée à la télévision pendant ses dernières années. Ainsi, elle sauve une grande célébrité du suicide et se montre particulièrement délicate avec sa biographe. Elle prêche sans cesse qu’elle se venge des hommes, mais oublie que le métier d’host est particulièrement rémunérateur pour les hommes qu'elle paye.
Si, comme moi, vous vous attendiez à une véritable pourriture, à une diablesse qui s'habille en Prada profitant de la misère issue de l'explosion de la bulle économique, vous devez passer votre chemin, car l’ennui vous guette malheureusement. La TV poubelle et les années de voyantisme n’arrivent que dans l’avant-dernier épisode, alors que ce sont les trois décennies 80, 90 et 2000 de la Trash TV qui m’intéressaient. Toda Erika et Ito Sairi ne prennent alors de la consistance qu'à ce moment-là, nous interrogeant sur l'intérêt des 8 heures précédentes, alors qu'il ne reste qu'une heure trente pour conclure 80 années de vie. Reste la reconstitution de la guerre et des Trente Glorieuses, rarement aussi bien filmée. Cette série reste finalement une belle ambassadrice des ères Shōwa et Heisei. Dommage que le chemin pour arriver à ces années de « paradis » soit si sinueux.
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