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Detchiage: Satsujin Kyoshi to Yobareta Otoko japanese drama review
Completed
Detchiage: Satsujin Kyoshi to Yobareta Otoko
0 people found this review helpful
by Kenseiden
7 days ago
Completed
Overall 9.5
Story 9.5
Acting/Cast 10.0
Music 8.5
Rewatch Value 9.5

N'avoue jamais que t'es prof

Un brûlot sur les châtiments corporels sans quasiment aucune scène de violence frontale, voilà qui va en dérouter plus d’un, d’autant plus quand le réalisateur n’est autre que Takashi Miike, chantre d’une certaine forme de violence visuelle.

J’exagère à peine en disant que le compteur de scènes véritablement choquantes visuellement approche du zéro. Alors oui, on voit bien des enfants maltraités dans Sham, et loin de moi l’idée de minimiser la violence d’un élève poussé, secoué ou houspillé par un professeur. Mais quand on connaît Ichi the Killer ou As the Gods Will, avec des personnages qui s’entretuent dans des situations complètement WTF, Sham tient presque du monde des Bisounours… visuellement.

Parce que là où le maître de la subversion frappe fort, c’est dans la violence psychologique.

Sham est avant tout une leçon sur notre rapport à la justice, aux médias, à l’école et, surtout, à la confiance que l’on peut placer dans ces institutions. Le film ne cherche pas simplement à nous raconter une histoire de professeur accusé de violences sur un élève. Il nous met progressivement face à nos propres réflexes. Qui croit-on ? Le professeur ? La mère ? L’enfant ? Les médias ? La justice ? Et surtout, à quel moment cesse-t-on de chercher la vérité pour simplement chercher un coupable ?

Et c’est là que Miike nous piège.

Concerné forcément par le sujet après presque trente ans d’implication dans l’Éducation nationale de mon beau pays, Sham m’a immédiatement fait penser à une longue vidéo pédagogique destinée aux jeunes enseignants. Une sorte de « Tout ce qu’il ne faut surtout pas être et surtout pas faire », qui se déroulerait sous les yeux d’un pauvre rookie fraîchement débarqué dans l’Éducation nationale.

Le professeur accumule les emmerdes. Les collègues. La hiérarchie. Les élèves. Les parents. Les médias. La police. La justice. Et même lorsque certains éléments semblent enfin lui être favorables, rien ne paraît pouvoir arrêter la machine qui s’est mise en marche.

Mais le film fonctionne également comme un enseignement pour les parents.

Faut-il faire confiance aux profs ou faut-il s’en méfier comme de la peste ? Et finalement, c’est quoi être un bon parent laissé l'enfant apprendre de ses erreurs et en payer les conséquences ou le sur couver ?

Le problème, c’est que Sham refuse de donner une réponse simple à ces questions. La relation tripartite entre l’élève, l’institution scolaire et les parents est déjà suffisamment fragile en temps normal. Mais ici, deux intervenants supplémentaires viennent foutre le bordel : les médias et le public.

Les médias, à la recherche du scoop, amplifient le phénomène, choisissent les mots qui feront vendre et transforment une affaire en véritable spectacle national. Et derrière eux, le public, assoiffé de scandale, réclame toujours plus de sensationnel. Une accusation devient une certitude. Une personne devient un monstre. Et une fois que la machine médiatique est lancée, peu importe finalement que les faits soient plus complexes que ce que l’on a raconté au départ.

Au milieu de tout ce bordel, la justice essaye de faire son travail.

Et c’est finalement le procès qui vous fera retrouver votre bon sens

Parce que le reste de l’œuvre va jouer avec votre sensibilité et vos émotions, les manipuler quasiment à chaque seconde. Tantôt du côté des parents, avec cette mère qui semble prête à tout pour protéger son enfant, tantôt du côté des enseignants, avec un professeur qui semble lui aussi prêt à tout pour défendre son métier, son honneur et ses élèves, mais avec la maladresse de la vraie vie.

Miike construit ainsi une œuvre profondément ambiguë, qui ne vous demande pas simplement de regarder, mais de douter.

Et ce doute est probablement le véritable sujet de Sham.

Le film nous montre à quel point il est facile de fabriquer une vérité collective. Il suffit d'une accusation suffisamment grave, d'un récit suffisamment émotionnel et de médias suffisamment avides pour que le doute disparaisse. On ne cherche plus à savoir ce qui s’est réellement passé. On cherche celui qu’il faut condamner.

Et quand la vérité finit par devenir beaucoup plus compliquée que prévu, le spectateur se retrouve lui aussi devant son propre tribunal.

C’est là que Miike réussit quelque chose de particulièrement vicieux. Il nous fait prendre parti avant de nous donner toutes les cartes. Il nous pousse à juger, puis nous oblige à regarder notre propre jugement en face.

Et forcément, en tant qu’enseignant, certaines scènes prennent une dimension assez particulière.

Parce que derrière le thriller judiciaire, je n’ai pas pu m’empêcher de penser : mais putain, qui voudrait encore faire ce métier après avoir vu ça ?

Quand on voit la somme d’emmerdes que doit potentiellement subir un professeur, de la part de ses collègues, de ses élèves, de la direction, des parents, des médias, de la police et enfin de la justice, il faut quand même avoir une sacrée dose de masochisme pour signer pour plusieurs décennies.

Sham pourrait presque faire baisser le nombre de vocations à lui tout seul.

Et pourtant, c’est justement là que le film devient intéressant. Parce qu’il ne dit pas que les enseignants sont tous des victimes, pas plus qu’il ne dit que les parents sont tous des menteurs ou que les médias sont tous des vautours. Il montre surtout à quel point un système peut devenir infernal lorsque chacun agit avec ses propres certitudes, ses propres peurs et ses propres intérêts.

Mérite-t-il toutes ces emmerdes ?

C’est finalement toute la question du film.

Et c’est aussi tout le talent d’acteurs de Gō Ayano, impressionnant dans un rôle qui lui demande de naviguer constamment entre fragilité, colère, culpabilité et désespoir, et de Kō Shibasaki, dont la performance volontairement beaucoup plus mutique et contenue devient progressivement glaçante. Les deux fonctionnent presque comme deux faces d’un même miroir, chacun laissant au spectateur suffisamment d’espace pour projeter ses propres certitudes.

Et il y a une ironie assez savoureuse dans le parcours de Kō Shibasaki, qui s’était déjà retrouvée de l’autre côté du miroir dans Scandal Eve, autre œuvre où la perception, les apparences et les récits peuvent complètement brouiller notre jugement.

Avec Sham, Miike signe donc une œuvre qui vous fera probablement réfléchir longtemps après le générique. Une œuvre ouverte, inconfortable, qui ne vous offre jamais vraiment le luxe de vous installer confortablement dans le fauteuil du spectateur qui sait.

Et pourtant, aussi passionnant soit-il, le film possède une conséquence inattendue : il ne risque franchement pas de rallonger la liste des vocations dans l’Éducation nationale.

Parce qu’après deux heures à regarder un enseignant se faire broyer par ses collègues, ses élèves, sa direction, les parents, les médias, la police et la justice, on aurait presque envie de lui dire :

« Mec, démissionne. Fais boulanger. Tu vivras plus heureux. »

Mais au-delà de cette plaisanterie, Sham touche à quelque chose de profondément réel. La rumeur, dans notre métier comme ailleurs, peut être l’un des pires poisons. Elle peut détruire un élève, une famille, un enseignant ou une réputation en quelques heures. Et une fois qu’elle s’est installée, revenir en arrière devient terriblement difficile.

Le film est inspiré d’une affaire réelle survenue à Fukuoka en 2003, même si Miike préfère parler d’une œuvre qui s’appuie sur cette affaire plutôt que d’une adaptation strictement fidèle des faits. Cette distinction est importante, parce que Sham ne cherche justement pas uniquement à reconstituer une affaire judiciaire : il cherche à interroger notre rapport à la vérité et la manière dont nous construisons nos certitudes.

Et malgré tout ça…

L’Éducation nationale reste probablement le plus beau métier du monde.

Il faut juste parfois avoir un sérieux grain pour continuer à le penser après avoir vu Sham.
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