K-Drama être ou ne pas être un grand drama ?
On a parlé de moi ? — Une ode au spectacle et à la transmission
J’ai longtemps hésité avant de chroniquer On a parlé de moi ?. Une production mondiale de Netflix, sortie en simulcast sur toute la planète, allait forcément recevoir les approbations ou les quolibets du public avant même que j’aie pu regarder le premier épisode. Et je n’aurais sûrement plus rien à ajouter. Mais j’ai tellement aimé la série que je ne peux m’empêcher d’en parler. Sûrement mon besoin de notoriété, ou tout du moins de reconnaissance !
C’est un thème majeur de On a parlé de moi ?, mais bien d’autres sont abordés avec humour et délicatesse. Tout ce que j’aime dans un drama japonais et qui fait de celui-ci une grande série. Le nom de Kudo Kankuro, le scénariste, apparaît dès le début du générique, ce qui est plutôt rare, au même titre que celui de son égérie, Yakusho Koji, qu’il met ici en scène de façon théâtrale, avec un amour du jeu perceptible à chaque scène. Cela me fait penser à ces metteurs en scène qui façonnent un acteur pour en tirer le meilleur, comme Gérard Oury a pu le faire avec Louis de Funès, même si mes références dans ce domaine restent limitées. Et pourtant, j’en ai tellement vu faire ce genre de films !
Si les flashbacks, les décors somptueux et les belles captures d’image parsèment la série, c’est surtout le jeu des acteurs et la qualité du texte qui la rendent passionnante. Kudo Kankuro avait déjà dépeint les quinquagénaires de l’ère Shōwa avec une maestria de la comédie au vitriol dans Futekisetsu ni mo Hodo ga Aru! Il a également écrit bien d’autres scénarios générationnels, cherchant à venger des décennies de paternalisme, voire de masculinisme, dans la société japonaise. Il y était parvenu grâce à l’appui d’Abe Sadao, qui fait partie des meilleurs acteurs comiques de sa génération, mais également grâce à toute une galerie de comédiens exceptionnels, qui donnent véritablement l’impression d’appartenir à une belle troupe de théâtre.
Pour notre plus grand bonheur, une bonne partie du casting de Extremely Inappropriate! rempile dans Did Someone Happen to Mention Me?, à commencer par Kawai Yuumi, qui crève une nouvelle fois l’écran et confirme son statut d’actrice parmi les plus douées de sa génération. Elle incarne une nunuche déjantée, mais tellement adorable que tout père ne peut que regretter d’avoir abandonné la sienne !
Les regrets sont évidemment au cœur d’un scénario improbable, mais tellement jouissif. Imaginez un acteur reconnu dans son pays, en fin de carrière, comme Yakusho Koji, qui a même décroché le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes en 2023 pour son rôle dans Perfect Days, de Wim Wenders, et qui, du jour au lendemain, serait oublié de tous ses compatriotes. Je vous laisse découvrir comment cela est arrivé, mais ce point de départ digne de la science-fiction est vite accepté et constitue le seul véritable écart à la vraisemblance de la série.
Les huit épisodes s’enchaînent en déployant tout le potentiel d’acteur de Yakusho Koji, qui s’amuse avec ses spectateurs et avec l’ensemble de ses fans, allant jusqu’à briser le quatrième mur. C’est sa vie qui est mise en scène de manière magistrale : d’une gloire acquise en Angleterre en jouant Shakespeare en anglais à un retour au Japon où il se retrouve à la rue, oublié de ses ex-femmes, de ses maîtresses et du public. Mais le plus difficile à vivre, pour lui, reste l’oubli de ses propres enfants.
Il doit rebâtir sa vie à 66 ans, et c’est truculent ! J’ai rarement autant ri devant une production japonaise de Netflix. Et parfois pleuré aussi, car le duo formé par Yakusho Koji et Kudo Kankuro touche au cœur le vieux père que je suis. Et ils toucheront toutes les générations, je n’en doute pas.
C’est certainement l’une des meilleures séries Netflix de l’année. On adore suivre le fonctionnement des productions à la japonaise, de la création du scénario à la mise en scène, en passant par le tournage lui-même. Non, vraiment, ce drama est une bible pour ceux qui veulent travailler dans le cinéma, le théâtre ou les séries.
Sans se contenter de comparer le jeu théâtral à celui du cinéma devant la caméra, Kankuro Kudo, qui a lui-même vécu les transformations de son métier depuis ses débuts dans les années 1980, dépeint également les différences entre la production télévisuelle traditionnelle et celle des plateformes de streaming. Le tout avec, en fil rouge, la transmission des savoirs aux nouvelles générations.
Alors que beaucoup de séries se moquent de la Gen Z et de son impatience face aux millennials (je ne dis plus « boomer », c’est passé de mode maintenant !), on ressent ici une véritable volonté de transmettre et d’enseigner aux plus jeunes. Chaque épisode est empreint de nostalgie, mais la série ne renie jamais les nouvelles techniques ni ce que la jeunesse peut apporter (nos gouvernements devraient s’en inspirer !). Chaque génération apprend de l’autre, et c’est tellement rafraîchissant.
La filiation, l’amour du métier et, en particulier, celui du spectacle transpirent à chaque seconde de cette série, qui sait aussi rire d’elle-même. Car on imagine bien que les personnages de Kaku Kento, le scénariste, et de Matsuyama Kenichi, le régisseur, constituent une forme de projection de Kudo-san. Reprendre des acteurs ratés de la petite troupe de théâtre et leur faire jouer les rôles des personnages plus jeunes est une trouvaille scénaristique tellement originale que je tenais à souligner toute l’inventivité dont fait preuve le scénariste.
Alors oui, peut-être joue-t-il parfois un peu trop sur l’antagonisme entre les générations. Mais il parvient surtout à les réconcilier. Et c’est peut-être là le plus important, dans une société devenue tellement individualiste. Et je ne parle pas seulement du Japon !
J’ai longtemps hésité avant de chroniquer On a parlé de moi ?. Une production mondiale de Netflix, sortie en simulcast sur toute la planète, allait forcément recevoir les approbations ou les quolibets du public avant même que j’aie pu regarder le premier épisode. Et je n’aurais sûrement plus rien à ajouter. Mais j’ai tellement aimé la série que je ne peux m’empêcher d’en parler. Sûrement mon besoin de notoriété, ou tout du moins de reconnaissance !
C’est un thème majeur de On a parlé de moi ?, mais bien d’autres sont abordés avec humour et délicatesse. Tout ce que j’aime dans un drama japonais et qui fait de celui-ci une grande série. Le nom de Kudo Kankuro, le scénariste, apparaît dès le début du générique, ce qui est plutôt rare, au même titre que celui de son égérie, Yakusho Koji, qu’il met ici en scène de façon théâtrale, avec un amour du jeu perceptible à chaque scène. Cela me fait penser à ces metteurs en scène qui façonnent un acteur pour en tirer le meilleur, comme Gérard Oury a pu le faire avec Louis de Funès, même si mes références dans ce domaine restent limitées. Et pourtant, j’en ai tellement vu faire ce genre de films !
Si les flashbacks, les décors somptueux et les belles captures d’image parsèment la série, c’est surtout le jeu des acteurs et la qualité du texte qui la rendent passionnante. Kudo Kankuro avait déjà dépeint les quinquagénaires de l’ère Shōwa avec une maestria de la comédie au vitriol dans Futekisetsu ni mo Hodo ga Aru! Il a également écrit bien d’autres scénarios générationnels, cherchant à venger des décennies de paternalisme, voire de masculinisme, dans la société japonaise. Il y était parvenu grâce à l’appui d’Abe Sadao, qui fait partie des meilleurs acteurs comiques de sa génération, mais également grâce à toute une galerie de comédiens exceptionnels, qui donnent véritablement l’impression d’appartenir à une belle troupe de théâtre.
Pour notre plus grand bonheur, une bonne partie du casting de Extremely Inappropriate! rempile dans Did Someone Happen to Mention Me?, à commencer par Kawai Yuumi, qui crève une nouvelle fois l’écran et confirme son statut d’actrice parmi les plus douées de sa génération. Elle incarne une nunuche déjantée, mais tellement adorable que tout père ne peut que regretter d’avoir abandonné la sienne !
Les regrets sont évidemment au cœur d’un scénario improbable, mais tellement jouissif. Imaginez un acteur reconnu dans son pays, en fin de carrière, comme Yakusho Koji, qui a même décroché le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes en 2023 pour son rôle dans Perfect Days, de Wim Wenders, et qui, du jour au lendemain, serait oublié de tous ses compatriotes. Je vous laisse découvrir comment cela est arrivé, mais ce point de départ digne de la science-fiction est vite accepté et constitue le seul véritable écart à la vraisemblance de la série.
Les huit épisodes s’enchaînent en déployant tout le potentiel d’acteur de Yakusho Koji, qui s’amuse avec ses spectateurs et avec l’ensemble de ses fans, allant jusqu’à briser le quatrième mur. C’est sa vie qui est mise en scène de manière magistrale : d’une gloire acquise en Angleterre en jouant Shakespeare en anglais à un retour au Japon où il se retrouve à la rue, oublié de ses ex-femmes, de ses maîtresses et du public. Mais le plus difficile à vivre, pour lui, reste l’oubli de ses propres enfants.
Il doit rebâtir sa vie à 66 ans, et c’est truculent ! J’ai rarement autant ri devant une production japonaise de Netflix. Et parfois pleuré aussi, car le duo formé par Yakusho Koji et Kudo Kankuro touche au cœur le vieux père que je suis. Et ils toucheront toutes les générations, je n’en doute pas.
C’est certainement l’une des meilleures séries Netflix de l’année. On adore suivre le fonctionnement des productions à la japonaise, de la création du scénario à la mise en scène, en passant par le tournage lui-même. Non, vraiment, ce drama est une bible pour ceux qui veulent travailler dans le cinéma, le théâtre ou les séries.
Sans se contenter de comparer le jeu théâtral à celui du cinéma devant la caméra, Kankuro Kudo, qui a lui-même vécu les transformations de son métier depuis ses débuts dans les années 1980, dépeint également les différences entre la production télévisuelle traditionnelle et celle des plateformes de streaming. Le tout avec, en fil rouge, la transmission des savoirs aux nouvelles générations.
Alors que beaucoup de séries se moquent de la Gen Z et de son impatience face aux millennials (je ne dis plus « boomer », c’est passé de mode maintenant !), on ressent ici une véritable volonté de transmettre et d’enseigner aux plus jeunes. Chaque épisode est empreint de nostalgie, mais la série ne renie jamais les nouvelles techniques ni ce que la jeunesse peut apporter (nos gouvernements devraient s’en inspirer !). Chaque génération apprend de l’autre, et c’est tellement rafraîchissant.
La filiation, l’amour du métier et, en particulier, celui du spectacle transpirent à chaque seconde de cette série, qui sait aussi rire d’elle-même. Car on imagine bien que les personnages de Kaku Kento, le scénariste, et de Matsuyama Kenichi, le régisseur, constituent une forme de projection de Kudo-san. Reprendre des acteurs ratés de la petite troupe de théâtre et leur faire jouer les rôles des personnages plus jeunes est une trouvaille scénaristique tellement originale que je tenais à souligner toute l’inventivité dont fait preuve le scénariste.
Alors oui, peut-être joue-t-il parfois un peu trop sur l’antagonisme entre les générations. Mais il parvient surtout à les réconcilier. Et c’est peut-être là le plus important, dans une société devenue tellement individualiste. Et je ne parle pas seulement du Japon !
Was this review helpful to you?

