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Vincenzo korean drama review
Completed
Vincenzo
2 people found this review helpful
by Ailynne Laine
14 days ago
20 of 20 episodes seen
Completed
Overall 9.0
Story 9.0
Acting/Cast 8.5
Music 9.0
Rewatch Value 8.0
This review may contain spoilers

Vincenzo — une série qui demande de la patience… mais qui récompense à fond

J’ai commencé Vincenzo comme beaucoup : attirée par la promesse d’un drama mafieux élégant, d’un héros charismatique et d’un humour noir bien placé. Et pourtant… je l’ai arrêté au 3ᵉ épisode, début 2025, avec ce sentiment très clair : pffff… c’est lent, ça met du temps à décoller, et je ne vois pas encore où ça veut m’emmener.

Puis je l’ai repris, poussée par plusieurs personnes qui m’ont dit : “accroche-toi”. Et sincèrement : je n’ai pas regretté.

Ce qui fait la force de Vincenzo, ce n’est pas de te happer immédiatement. C’est de poser ses pièces. Les épisodes sont longs, oui, mais une fois que l’intrigue s’embrase, la série devient vraiment addictive : tout s’imbrique, tout répond à quelque chose, et chaque détail finit par trouver sa place. On a la sensation d’une trame pensée comme un puzzle, où le plaisir vient autant du spectacle que du mécanisme.

Une intrigue mieux agencée qu’elle n’en a l’air au début

Au départ, Vincenzo semble jouer sur des codes déjà vus : le “anti-héros” froid, une situation immobilière conflictuelle, des adversaires puissants, des retournements. Mais au fil des épisodes, la série prouve qu’elle sait faire mieux que du simple affrontement “gentils vs méchants”.

Le scénario prend une direction plus ample : guerre psychologique, stratégie, justice détournée, et violence morale. Et surtout, ça ne reste pas un enchaînement de plans “cool” : la série construit un fond, un propos, une progression. Elle s’autorise même une tonalité assez unique : un mélange de comédie, de thriller, et de tragédie par moments, sans tomber totalement dans le grand écart… une fois passée la mise en place.

La “semi-romance” : pas une romance, mais un lien fort

Ce que j’ai adoré, c’est que la série ne force pas une romance classique. Pour moi, il n’y a pas vraiment de romance au sens drama traditionnel : il y a une tension, une complicité, une loyauté, une intimité émotionnelle… mais jamais ce côté “tout doit tourner autour du couple”.

Et c’est là que la série est intelligente : si les rôles avaient été inversés, si c’était “deux hommes”, je pense que beaucoup auraient parlé de bromance sans hésiter — d’autant plus qu’il y a ce fameux baiser “de mission” qui, paradoxalement, ne cherche pas à tout redéfinir, mais à renforcer ce flou assumé.

La phrase de l’héroïne résume parfaitement le cœur de ce lien :
« L'amicizia è un'anima che abita due corpi »
(l’amitié est une même âme qui habite deux corps).

Et c’est exactement ça : une relation qui n’a pas besoin d’être étiquetée pour être profonde.

Les personnages secondaires : un trésor

L’un des plus grands plaisirs de Vincenzo, c’est son casting secondaire. Le Gangnam Plaza n’est pas juste un décor : c’est une petite société, un écosystème. Au début, on les voit presque comme des caricatures, puis on comprend que la série joue avec ça exprès… pour ensuite révéler de la variété, de la surprise, et surtout une vraie évolution.

Il y a quelque chose de très satisfaisant dans la manière dont ces personnages, avec leurs casseroles et leurs zones d’ombre, finissent par devenir une force collective. On passe du “chacun pour soi” à une idée presque naïve et pourtant puissante : ensemble, ils sont plus dangereux qu’ils ne le pensent.

Et ce qui rend ça encore plus humain (et drôle), c’est que tout ça se fait sur fond de cupidité : oui, ils ont grandi, oui ils sont solidaires… mais l’or reste l’or. C’est beau et affreux à la fois — et justement, c’est crédible.

L’ombre et la lumière : la meilleure idée de la série
Ce qui m’a marquée, c’est la manière dont Vincenzo refuse de réduire son héros à une étiquette confortable. Vincenzo n’est ni “un gentil qui fait semblant d’être dur”, ni “un monstre avec une excuse”. Il est placé dans une zone grise : un homme capable du pire, mais au service d’une protection. Et c’est exactement pour ça qu’on peut l’aimer tout en ayant, parfois, un petit frisson de peur devant lui.

La scène avec le moine, pour moi, est un moment-charnière parce qu’elle lui offre une grille de lecture presque spirituelle : Vincenzo n’est pas “mauvais”, il peut devenir une forme de vengeur protecteur — et c’est là que la référence mythologique est brillante. Le moine le rapproche de Vaiśravaṇa (sanskrit), aussi connu sous le nom de Vessavaṇa (pali), l’un des Quatre Rois Célestes (les Four Heavenly Kings, des divinités gardiennes de la Loi bouddhique).

Et ce détail est très symbolique : Vaiśravaṇa n’est pas juste “un dieu gentil”. C’est un roi-gardien (lokapāla, protecteur du monde) associé au Nord, souvent représenté en armure, et décrit comme une figure qui protège l’ordre… mais qui peut aussi punir les forces mauvaises. Au Japon, il est connu sous le nom de Bishamonten (ou Tamonten), justement perçu comme un dieu guerrier, armuré, punisseur du mal, tenant parfois une lance et une petite pagode symbolisant un trésor qu’il garde et distribue.

Et là, on touche le cœur du personnage : Vincenzo ressemble à cette idée d’un protecteur qui n’a rien d’angélique. Il ne protège pas en se salissant à peine : il protège en acceptant la violence, la stratégie, la peur, la domination psychologique. Il devient une sorte de “dieu-roi” au sens dramatique : celui qui fait régner l’équilibre… même si l’équilibre passe par l’ombre.

La référence est encore plus savoureuse quand on sait que Vaiśravaṇa est historiquement lié à Kubera (dans l’héritage hindou), lui aussi associé à la richesse et à la garde des trésors : Kubera est présenté comme une figure majeure liée aux yakshas, des esprits gardiens de trésors, ambivalents, parfois bienveillants, parfois dangereux.
Donc le sous-texte devient presque évident : Vincenzo, ancien “homme de l’ombre” de la mafia, est littéralement replacé dans une mythologie où la richesse, la protection et la menace cohabitent. Il protège la famille (celle qu’il se construit au Gangnam Plaza), mais il le fait avec les codes du monde criminel, avec une logique de “garde armé du trésor”. Ombre et lumière, encore.

Et pour aller au bout de cette symbolique : Vaiśravaṇa n’est pas seul, il fait partie d’un quatuor de gardiens, chacun associé à une direction — ce qui renforce l’idée d’un “ordre du monde” à maintenir :

Dhṛtarāṣṭra (Est)

Virūḍhaka (Sud)

Virūpākṣa (Ouest)

Vaiśravaṇa / Vessavaṇa (Nord)

Ça donne à Vincenzo une dimension presque “cosmologique” dans le récit : il n’est pas censé devenir un saint, mais une force d’équilibre. Un protecteur qui reste inquiétant. Un homme qui avance avec deux faces — comme si la série nous disait : certaines lumières ne brillent que parce qu’elles acceptent d’avoir une ombre.

⚠️ Partie AVEC spoilers (fin et morts)

La fin m’a laissée dans un mélange étrange : validation totale et cœur serré.

D’un côté, j’ai compris et même approuvé la logique : il “extermine la vermine”, il ne joue plus au jeu des demi-mesures, et la série assume le prix du sang et du choix moral. De l’autre… j’ai pleuré, j’ai eu peur, et j’ai eu cette impression de perte réelle.

J’ai perdu mon Bibou (le frère du méchant) et franchement : ça m’a brisée. Il avait ce côté adorable, presque “pris au piège” d’une famille et d’un frère psychopathe qu’il n’avait pas choisi. Sa mort, c’est le rappel brutal que la série, malgré l’humour, peut être impitoyable.

Et Mr Lee… alors là, j’ai eu une montée de colère. J’ai cru qu’on allait me l’enlever aussi. Le stress était réel. Ce moment-là, c’est typiquement Vincenzo : te faire rire une scène avant, puis te faire suffoquer après.

Ce que j’aime aussi, c’est la fin ouverte : elle est cohérente. Elle ne triche pas. Vincenzo ne peut pas “rester” comme si tout était simple — et la série ne te vend pas une conclusion sucrée qui nierait tout ce qui a été construit. Pourtant, elle laisse une porte grande ouverte : celle où il revient, lui parle de cette île, de cet abri, de cette idée de famille qu’il s’est construite… et lui dit, en substance, qu’elle y a déjà sa place.

Et ce baiser… mazette. Il arrive au bon moment : pas comme une promesse de vie normale, mais comme un point d’ancrage émotionnel. Parce qu’on le sait : leur relation ne sera jamais simple. Mais elle existe. Et c’est logique.

Les petits plus m’ont aussi fait sourire : l’évacuation de l’or, le dossier Guillotine, la “Famille Cassano” en noir… la série sait finir en rappelant son esthétique : du style, du panache, et ce côté “clan” presque mythologique.

Conclusion

Vincenzo est une série qui peut frustrer au départ : les 3-4 premiers épisodes demandent de la patience. Mais si tu t’accroches, tu découvriras un drama très bien agencé, porté par une construction solide, des personnages secondaires délicieux, une relation centrale subtile, et un propos sur la justice et la vengeance plus nuancé qu’il n’y paraît.

C’est une série drôle, sombre, cathartique, parfois douloureuse, souvent brillante dans son art d’imbriquer les pièces.

Si vous ne l’avez pas encore vue : oui… sautez dessus. Mais avec une consigne : persévérez.
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