Ouvrir l'œil et le bon !
La diffusion de Kazama Kimichika : Kyojo 0 sur les écrans de TV me donne l'occasion de replonger dans la saga Kyojo. Exit les Eikechi Onizuka et autres Koro Sensei. Le professeur le plus kakkoï du Japon est instructeur à la Police Academy. Tâchez de le retenir, bande de bleus.Pour ceux qui suivent mes aventures depuis longtemps, vous connaissez mon amour incommensurable pour le corps professoral. Ayant la chance de faire partie de cette belle famille où tout n'est qu'amour et paix, mes modèles ont été GTO, le professeur Koro ou plus récemment Hiragi Sensei dans 3 Nen A Gumi. Une belle brochette de psychopathes qui n'égalent en rien mon nouveau mentor en terme d'éducation, qu'est Kazama Kimichika. Incarné, que dis-je, habité par, Kimura Takuya, déjà formé aux méthodes d'enseignement alternatives avec Hero, il y a bientôt 20 ans, cet instructeur en chef, pour former la police de quartier, ne vous laissera pas de marbre. Les méthodes, d'une efficacité redoutable pour dresser le futur OmawariSan, sont à ne pas montrer à la ligue des droits de l'homme ou de la défense de la dignité humaine. C'est Full Metal Jacket à la Police Academy.
Alors, avec un format qui gâche un peu le plaisir malsain de voir des bleus se faire maltraiter, cela vaut-il le coup de s'imposer deux fois 2 h de brimades, d'engueulades et de torrents de larmes envers ses jeunes acteurs ? Et ben oui. Dans leur rôle, ils sont tous formidables. Kudo Asuka est comme souvent pathétique en beautifull looser. Ses remises en question permanentes sont remplies d'humanité. Kawaguchi Haruna est énervante comme il faut en kawaï mascotte de la police, mais vous verrez finalement qu'il y a une justice dans les kobans. Oshima Yuko plait par sa franchise dans son jeu, etc, etc. En réalité, comme fréquemment, avec un drama school life, les producteurs ont su réunir une équipe assez diverse et talentueuse pour les élèves. Mais s'intéressant chaque 1/2 heure à un personnage, on en oublie les autres et on a du mal à se relancer sur une autre story. 2 h, c'est trop long, on ne peut pas digérer les personnalités de chacun. On a le cerveau broyé par l'instructeur, sans pouvoir apprécier les remises en question. Faite donc des pauses et apprécier ces deux films comme une dizaine d'épisodes. Le plaisir sera décuplé.
La musique et la mise en scène font froid dans le dos, mais sont excellentes. Bravo à la production. On dirait qu'on regarde le mélange improbable de Brazzilia et Police Academy. Tout en distillant, à chaque fois ) de l'émotion à ce qui aurait dû être une fin d'épisode. Et quel souci du réalisme. Les scènes en classe, sur le terrain d'entrainement, d'inspection des recrus…, Tout paraît vrai et on est au plus proche de leur vie. Comment peut-on soupçonner un tel engagement et une telle formation du policier de quartier quand on le regarde à travers les drama. Quelle performance d'acteur, pour l'instructeur évidemment, mais pour les recrues aussi. La chorégraphie, les expressions faciales, les gestes du policier. Tout y est. Certainement le drama qui en apprend le plus sur la vraie vie de recrue. J'adore. Ce film est un must, il faut le recommander à tous les enfants qui rêvent de devenir policiers, ou pas.
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Vendeur, menteur
Le mensonge et la mauvaise foi semblent être devenu aujourd'hui l'outil indispensable pour gagner tous les combats. Jusque dans la réalité la plus horrible, quand un dirigeant ment en regardant le monde dans les yeux, il arrive à convaincre, même ses plus féroces opposants, qu'il a peut-être raison. Dans cette ambiance détestable dans lequel l'être humain vie aujourd'hui, il reste des médias qui cherchent encore à mettre des principes de vie, qui paraissent probablement désuets, en avant, par des dramas sans prétention, pourtant tellement indispensables actuellement. La NHK fait ce qu'on attend d'elle pour une télévision publique. Elle nous fait vibrer et réfléchir sur les valeurs d'honnêteté, de compassion et d'engagement avec ce Shoujiki Fudosan, où tout est déjà dit dans le titre.En effet, le pitch tient sur un timbre-poste (il y en a encore au Japon, heureusement). Un agent immobilier, obsédé par l'argent, ment à ses clients, ses conquêtes et tout son entourage pour faire du chiffre et vivre la belle vie de riche célibataire. Un jour, il se voit dans l'incapacité de mentir. Si bien que, les 10 épisodes de ce drama vont se transformer en leçon de vie, quasi bouddhique. L'honnêteté paye toujours, on le dit bien. Mais cela va mettre du temps à venir. Loin d'être une sinécure, la NHK nous montre bien à quel point le monde des agences immobilières ressemble à celui des Yakuzas. On découvre un système mafieux incarné par le grand méchant de l'histoire. Celui-ci, voulant conquérir les autres agences immobilières. Mais surtout, ses petites sociétés, sont chacune dépeintes comme des clans de Yakuzas, prêtes à foncer sur leurs victimes, les clients, en les embobinant. C'est là qu'est toute la force de ces dramas pédagogiques. Même si c'est une adaptation de manga, pleine de clichés et de "what's the fuck", très clairement, le but principal de la série est d'alerter tous ceux qui doivent passer par une agence pour vendre, acheter ou louer. Les coups fourrés sont nombreux, mais des panneaux informatifs apparaissent à chaque scène en face à face client x agent pour expliquer tous les termes techniques. On connait le procédé, mais on apprécie toujours.
Bien sûr, on est en face d'un énième feel good drama. Tout fini toujours bien ou presque. Cependant, on en a vraiment besoin ses derniers temps. Car les situations dépeintes, de personnes réellement dans la merde, après des mauvais conseils ou de la malhonnêteté, on en connait tous. Les émissions françaises où l'on fait semblant de régler les problèmes des gents dans le besoin, à coup de grande gueule, n'ont pas un 100e de classe de ses dramas. La vulgarité etn face de la finesse japonaise. Certains diront la japoniaiserie, pas moi. Bien qu'on pourra regretter la pauvreté du scénario renvoyant à Liar Liar un film qui a maintenant une trentaine d'années. Mais soyons honnêtes, les acteurs et leurs personnages touchent au cœur, bien plus que les simagrées et grimaces d'un Jim Carey.
Yamashita Tomohisa à la quarantaine bien cachée, a déjà une longue carrière derrière lui, de beaux gosses en tant que premiers rôles. Ce qui ne l'empêche de jouer dans ce drama qui n'a rien d'un blockbuster. Il oblige tout de même, un jeu d'acteur capable de passer du séducteur-prédateur, à celui qui a tout perdu et suscite la sympathie, voir l'empathie. Et il y arrive parfaitement. À part, peut-être, ces moments "jogging" où la production essaye de l'enlaidir. Mais rien à faire quand on est bô, on est bô.
Fukuhara Haruka qui va certainement exploser en popularité avec son rôle principal dans le nouveau Asadora de la NHK: le bien nommé Maiagare ! est ici, déjà parfaite dans son personnage de candide idéaliste. Sorte de conscience pour l'horrible menteur qu'est le héros, elle sublime ce drama, par sa présence. Tellement naturelle et fraiche, elle apporte cette touche d'humanité et de candeur dans un milieu de requin, que dis-je dans ce monde réel pourri jusqu'à l'os.
Les autres acteurs sont bien sûr à la hauteur, notamment le sombre Ichihara Hayato ou les personnages féminins pas si secondaires que ça, qui qui apportent tous leurs lots de mystère. Il y aura, très franchement, quelques rebondissements intéressants, jusqu'à la dernière minute, si bien qu'on en demandera davantage.
L'attachement aux personnages, l'ambiance feel good et l'envie de devenir agent immobilier est bien là. La NHK a encore réussi son pari. Et j'attends avec impatience d'autres catégories socio-professionnelles dépeintes de la même manière, en évitant une fois de plus s'il vous plait une énième adaptation de Toritsu Mizusho. Et cela en toute franchise.
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Fake Plastic Ebifuraï
Voilà un sentiment étrange. Partagé entre mon envie de mettre en avant l'excellent travail d'Art House et de Hanabi, sur la distribution et la promotion des films japonais en général, et la déception d'une promesse non tenue pour ce film. Cette hype exagérée autour de cette comédie romantique qu'est Tempura. Un peu comme ses aliments de plastiques dans les vitrines des restaurants japonais. Vous assurant que le goût sera à la hauteur du visuel et pourtant… Malgré les promesses de nourriture et de franche rigolade qui allaient dans le sens d'un très bon moment passé dans nos salles obscures, ce catalogue des hésitations de notre héroïne avec en tête le fameux : " Je me mets en couple ou je reste célibataire ? ", pendant 2 h 15, ne m'a pas vraiment convaincu.Pourtant, tout semblait partir du meilleur pied. L'actrice principale, Nounen Rena, est excellente en Kuroda Mitsuko. C'est évidement le pilier du film autour duquel est bâtie une histoire, on ne peut plus banale pour une comédie japonaise. [30 ans, il est tant de se mettre en couple, mais mon petit ami est "légèrement " moins âgé que moi et ne trouve pas les mots pour déclarer sa flamme. Moi-même, j'hésite, que dois-je faire ? Garder mon indépendance de célibataire ou former une famille. ] Le hic n'est pas tant l'ultra vu des situations, mais à force de vouloir souligner la banalité de celles-ci (employée moyenne dans un office lambda,...) la réalisatrice Ohku Akiko arrive à nous ennuyer assez rapidement. Bien sûr, le but étant de nous approprier l'histoire, il fallait mettre l'accent sur la simplicité de la vie de Mitsuko, mais là, quel gâchis. Son jeu d'actrice est pourtant bien au-dessus de beaucoup d'autres, avec des passages émotionnels forts et surtout ce petit accent tellement mignon. La voix intérieure, calme et posée, qui l'accompagne tranche tant avec ses mots et son attitude. Les larmes, les joies, les cris imaginaires ou réels sont joués et transmis au spectateur sans accros. On souffre, on partage ses émotions. De son côté, Il n'y a vraiment rien à redire sur elle, si ce n'est pourquoi Non-Chan ne fait pas plus d'apparitions dans les dramas. OK, elle a performé en 2013 dans l'Asadora NHK Amachan, mais depuis elle manque assurément au petit écran. Gardant tout son talent d'actrice pour le cinéma jusqu'à réaliser elle-même ses derniers films, ce qui pose vraisemblablement problème pour le temps qu'il reste à consacrer aux autres productions et donc à ses fans qui l'apprécient tellement en tant qu'actrice.
Il ne faut en conséquence pas bouder son plaisir de la voir dans ce rôle fort et Hanabi ne s'est pas trompé en mettant en avant l'actrice dans sa promotion. Je n'en dirais, malheureusement, pas autant de la partie Tempura X Cuisine. On touche presque à l'escroquerie tant la promesse d'une passionnée de cuisine et de ce fait d'un film retraçant cette passion n'est pas tenue. Des dramas de bouffe, j'en ai vu des dizaines et pour cause, il n'y a quasiment que ça à la TV nippone. On y présente des restos ou des chaines de restos. Des spécialités comme les ramen ou les gyozas sont les stars parfois d'un seul drama déroulé sur 10 épisodes de 20 min. Sans compter les histoires se passant dans les cuisines d'un resto, dans la salle ou même sur des podcasts de critique de resto. Et là, mis à part les 20 premières minutes (le film dure 140 min quand même) les tempuras et la passion de la cuisine sont vite diluées dans la vie de notre héroïne. Pas de passion exacerbée, donc pour la cuisine. Un simple passe-temps du week-end, parmi tant d'autres. On a ce goût amer, cette impression d'avoir été floué par ses faux aliments qui ressemblaient tellement aux vrais.
Reste alors l'intrigue principale, qui retrace en gros une année dans la vie de Mitsuko. Montée de manière aléatoire afin de casser le rythme linaire de sa vie, énormément de flashbacks, amenés de façon assez fine, ponctus cette longue tranche de vie. On y côtoie une série d'acteurs tous très bons, plutôt habitués au cinéma, même si l'on croise le petit ami idéal et timide, Hayashi Kento dans énormément de dramas. Cette histoire, trop diluée sur la longueur, perd de sa saveur rapidement. Quelques incartades en Italie, par exemple, aurait pu permettre de redonner du sel à un plat fade, mais elles arrivent comme un cheveu sur la soupe. Le pouvoir comique des situations est mal géré, je pense en particulier dans l'avion ou certes, Non Chan est à son maximum en tant actrice, mais impossible de décocher un rire tant la mise en scène est lourde.
Mais ce qui m'a le plus gêné, c'est le support "film" et non "drama". Car on est bien ici face à une histoire au long cours, devant s'étaler sur une saison et non 2 h. De la comédie, des sentiments qui doivent prendre leur temps pour se développer. On sent bien que le montage en flashback est fait pour nous donner l'impression du temps qui passe, mais ça ne fonctionne pas sur moi. Encore la tête pleine de séries, comme Tokyo Tarareba Musume (2017), dont le pitch ressemble étrangement. Celui-ci va beaucoup plus loin dans le scénario et le développement des personnages. La comparaison n'est pas flatteuse et seul le jeu de Non est un poil au-dessus de celui de Yoshitaka Yuriko. Et encore. Même les sashimis de morue parlants, de cette série, sont bien plus fun que cette voie intérieure, certes classe ou rigolote... C'est en cela que j'en veux au distributeur français. J'ai l'habitude de regarder des films indépendants donneur de leçons ou montrant le "Vrai Japon" et je ne m'en plains pas d'habitude. Artistiquement parlant, il y a du bon dans le "mal nommé" Tempura (Retenez-moi, m'aurait plus, à moi). Mis là, j'étais mal engagé psychologiquement pour l'apprécier. Un peu comme si je m'attendais à ce qu'on vienne chez moi pour faire connaissance et qu'on reparte juste avec mon repas préparé par mes soins dans un Tupp. Une promesse non tenue, mais d'autres découvertes. Surtout une actrice majeure, et peut-être les interrogations de toute une génération pour ceux qui n'ont pas encore vu un drama sur les trentenaires metro-urbains japonais. Quel crime !
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Ce n'est pas beau de mentir
Le mensonge est souvent au cœur des mystery dramas. Avec toute la subtilité qui caractérise le jeu des acteurs japonais, on ne se lasse pas de décrypter les expressions du visage distillées de manière si subtile, afin de déceler la (non-)culpabilité du personnage. Vous l'avez compris à mon introduction, elle-même d'une grande subtilité, je ne vais pas être tendre avec Itoshi Uso: Yasashi Yami, énième adaptation de manga relatant un terrible secret d'une bande d'anciens copains d'école et évidement rattrapée par celui-ci.Du vu et du revu au niveau du scénario donc, même si le(s) secret(s) met du temps à émerger vraiment au long des épisodes, comblant un peu l'ennui de cette série qui se veut pourtant adulte. Le problème, c'est qu'avec tant de clichés, on a du mal à accrocher. Je sais, je regarde un drama qui plus est adapté d'un manga. Je devrais, par conséquent, être habitué et indulgent, mais là.... Passe la réunion d'anciens élèves, où on retrouve ses amis et ancien béguin du collège dans une ville campagnarde. Passe les personnalités toutes plus stéréotypées comme la mangaka ratée introvertie, toujours fleur bleue et tellement célibataire à 29,99 ans. Non, le vrai problème, c'est le combo scénario/mise en scène. Aucune fantaisie, le peu de surprise possible est cassé pas ses œillades d'acteurs forcées du fait d'une direction maladroite ou par ses scènettes vues mille fois. Le gars capuchonné qui pousse au passage piéton, par exemple. On veut nous choquer, un peu, mais surtout pas nous surprendre ou nous perdre dans des méandres de réflexion. En tout cas dans les premiers épisodes...
En effet, malgré la déception du début, on peut se prendre au jeu à partir de la fin du 3e épisode et bizarrement, moins il y a de personnages à l'écran, plus cela devient intéressant, mieux dirigé et scénarisé, jusqu'à terminer la série à l'opposé du ressenti initial. La maladresse et le lourd, laisse place à des moments forts et touchant dans les sentiments. Je réserverai donc ce mystery drama à ceux qui les dévorent et qui ne sont jamais rassasiés, plus qu'à ceux qui les découvrent. Car je le redis, l'ennui ou la moquerie peu vite faire son apparition. Des chefs-d'œuvre de mystery dramas où le cerveau est retourné du début à la fin, il y en a la pelle, si ce n'est que Shin Hannin Flag qui est diffusé en même temps sur un autre Chanel.
Reste, quand même, une certain malaise créé par une ambiance crasseuse assez bien mené. Une cruauté dans les propos, voir une certaine violence distillée par des acteurs vraiment flippants. C'est en réalité ses rôles là qui donnent du sel à la série. La mangaka jalouse ou le marie violant sont assez justes. Mais dans un certains sens, c'est l'ensemble du cast qui a du mérite. Ils rattrapent tous une histoire éculée de vengeance, en mettant l'accent sur la jalousie et la frustration d'adultes ayant mis de côté leurs rêves d'ados. Haru est légèrement irritante en candide de 30 ans, trop bien élevée pour se rebeller et on rêverait qu'elle reprenne son caractère exécrable et pourtant si adorable de chef des tests PCR de #Remolove. Dans le cast, il semblerait qu'il y ait une prime au joli grain de beauté, puisque vous vous amuserez à déceler ceux des autres jusqu'à ne plus voir que cela. Ok je dois être un peu fétichiste, mais ce dernier détaille montre bien à quel point on peut parfois chercher de l'intérêt dans l'histoire. Certes, il reste la musique, qui essaye d'être moderne dans la composition, mais pas de thème fort qui reste dans la tête. Plutôt une copie de ce qui ce qui marche ailleurs. Un peu comme ces cassettes de cover qu'on achetait l'été sur les marchés dans les années 80-90. Efficace sur le moment, mais vite oubliés.
Un casting intéressant. Avec des jeunes trentenaires plutôt bien choisis, pour leur physique et leur jeu. Mais un mystère qui manque d'originalité et surtout une production largement pas à la hauteur qui gâche les efforts de ses acteurs et peut être même une histoire originale que je ne connais pas, mais qui aurait largement mérité mieux. À moins que toute cette chronique ne soit qu'un gentil mensonge...
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Face à la mer
Fukada Koji est un grand réalisateur de cinéma qui peine encore à percer au delà du Japon, alors même qu'il fait régulièrement l'affiche des festivals européens depuis 10 ans. Certains diront "si, si, son succès est incontestable au-delà de ses frontières", mais même l'ultra surcotée Kawase Naomie n'est peu connu du grand publique, malgré le succès, là aussi relatif, des Délices de Tokyo (An) ("à oui, c'est elle !!!"). La faute à une distribution et un mépris heureusement de moins en moins catastrophiques, mais qui a encore du chemin à faire. Effectivement, ce "Soupir des Vagues" (jolie titre français d'ailleurs) Umi o kakeru en original, date de 2018 et sort en juillet 2021 dans les cinémas français. Fort du succès, toujours relatif, d'Harmonium et en attendant d'autres œuvres, Hanabi et ArtHouse essayent d'effacer l'insulte faite à ce grand réalisateur, passionné de cinéma. Le Covid n'excuse pas tout et il serait tant que les mégacomplexes s'emparent aussi de ses productions encore cantonnées, en province tout du moins, aux salles de cinéma indépendantes.Car le cinéma de Fukuda a ce ne je sais quoi qui fait le sel des productions comme Parasite pourtant largement encensées en 2019. L'image est belle et l'ouverture de cette histoire, se passant sur les plages indonésiennes est un plan fixe d'une minute sur les vagues qui vous envouteront à souhait. Pas spécialiste du cinéma, en général, je sais pourtant apprécier, son cadrage, son montage, la couleur et sa lumière, loin de donner la nausée et comme Kawase c'est justement trop bien le faire.
Difficile de décrire un film de Fukuda sans spolier l'intrigue et je pense que c'est justement ce qui justifie, parfois, la mauvaise note que peuvent obtenir ses films sur toutes plateformes de critique du net, celle-ci y comprit. En effet, souvent pépère durant la première moitié du film, anesthésiant le spectateur par des tranches de vie parfois sans intérêt, surgit plus au moins à un moment inattendu un switch qui vous fait crier au génie. Mais qui malheureusement, et c'est là sa faiblesse, rend le film insipide si on vous l'a divulgâché. Alors 3 ans après sa sortie au cinéma et déjà vue par bon nombre de passionnés, grâce aux bouches à oreilles, ce film, comme d'autres du réalisateur peut perdre clairement de son intérêt si on vous gâche la fin. Comme ce n'est pas mon cas, il faudra courir voir ce film au cinéma pour son image, donc des paysages des plages indonésiennes, lieu même où c'est déroulé le tsunami qui à fait tant de ravage et de morts.
L'autre intérêt par rapport à d'autres de ses films, c'est l'entrée du fantastique, certes léger, mais surtout la diversité des cultures qui se mêlent et le rappel constant à l'histoire de ce pays. Si vous cherchiez beaucoup de lignes de texte en japonnais vous serez sans doute déçus, car c'est la langue indonésienne qui est mise en avant. L'histoire se passant dans une famille binationale, qui reçoit la venue d'une cousine du Japon en visite. Mais c'est l'arrivée de Dean Fujioka qui va bouleverser la vie de cette famille plutôt aisée, vivant dans un pays encore très pauvre. On découvre donc l'Indonésie et sa langue mise en avant par le réalisateur et ça fait du bien. Un réalisme saisissant qui tranche avec l'entrée du fantastique. Un quotidien presque ennuyeux qui se révèle fort de symboles pour ceux qui savent les déceler. La présence du Japon durant la 2de guerre mondiale, la disparition des proches, la fatalité face aux éléments naturelle, les castes, le système patriarcal, etc...
Bien sûr, certains seront attirés par les acteurs japonnais, Dean Fujioka en premier. Mais son rôle nécessite, très peu de dialogue et encore moins de présence et pourtant quel charisme ici aussi. Les groupies seront sans doute déçues. Un peu moins, peut-être pour la jolie et talentueuse Abe Junko qui se spécialise dans les rôles arti et internationaux au cinéma et c'est un peu dommage, car elle pourrait illuminer de sa présence un peu plus le petit écran. Mais tout ce qui est rare est précieux, non ? Comme sa parole d'ailleurs, car les dialogues sont finalement assez absents de ce film.
L'image est forte et belle. Le contenu est aussi fort de sens. Les effets spéciaux pourront faire un peu rire et sont presque superflus, mais comme pour tous ses films, Fujikoda arrive à renverser la vapeur à un moment ou à un autre et nous fait ressortir moins bête et le sourire aux lèvres, en se disant je ne l'avais pas vu venir celle-là, une fois de plus. Comme cette vague qui a ravagé tant de famille en 2004.
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Education à la vie affective et relationnelle... et à la S&xualité
Connu surtout pour ses prestations dans le groupe de Johnny’s S&xy Zone, le beau Nakajima Kento a vraiment embrassé la carrière d’acteur (romantique) depuis son retrait des activités de boys band. Fini, la poussée d’hormones et le déclenchement de libido chez la jeunesse japonaise, il se consacre dans cette série à celle plutôt de monsieur Tout-le-Monde. Ce qui, vous me direz, n’est pas très éloigné de son ancien métier.Et il a du travail dans cette série, car explorer les méandres des problèmes sexuels de ses compatriotes n’est pas une mince affaire. Évidemment, en signant un beau gosse ténébreux, vêtu d’une blouse blanche rassurante et posant langoureusement sous la bannière SEX, Netflix cherche à attirer toujours plus d’abonnés, comme une jeune femme au sourire innocent vous inviterait du côté de Pigalle. Déballant en plus le thème de la soirée, la sexologie, objet de fantasmes dans toutes les sociétés modernes, au Japon, terre des charlatans et autres gourous sectaires en particulier.
Clairement, un énième drama consacré à la chose ne m’a pas emballé plus que ça, et je me suis un peu forcé pour aller consulter. Même si Let’s Talk About CHU ou tant d’autres te font passer un bon moment sans en faire trop, Netflix commence à me gonfler à consacrer des séries entières à satisfaire ses abonnés voyeuristes.
Mais évidemment, la présence de la reine des comédies romantiques, Araki Yuko, m’a rassuré sur le sérieux de celle-ci. Et qu’elle sourie ou qu’elle fasse la tronche, on apprécie toujours son jeu plein de vérité et de retenue. Le couple qu’elle forme ici avec Nakajima Kento est l’un des plus touchants de cette année et vaut à lui seul la vision de ces seulement 7 épisodes.
Car vous le comprendrez rapidement, cette adaptation de manga est bien trop courte pour le sujet et la qualité de celle-ci. Si ce n’est pas la taille qui compte, la série donne ici un goût d’inachevé qui en frustrera plus d’un. L’univers créé par ce cabinet, regroupant un docteur en sexologie coincé mais ultra à l’écoute de ses patients, un infirmier héritier d’une dynastie de richissimes docteurs mais ne voulant pas être un simple gestionnaire de grands hôpitaux, ou cette secrétaire lesbienne dont on voudrait apprendre plus sur elle, ouvre des perspectives trop peu développées.
Surtout que la production a décidé de ne suggérer que très peu d’actes sexuels. Et je dis bien suggérer. Rendant la série abordable dès 16 ans, je pense. Car elle aborde justement le coté psychologique d’une manière très éducative et bienveillante. Je suis convaincu que chacun peut s’y retrouver, quel que soit l’âge et les rapports que nous avons à la chose. J’ai rarement vu d’ailleurs une série qui touche autant les gens et leurs problèmes affectifs. Car c’est bien de cela dont il s’agit. Une éducation à la vie affective telle qu’elle devrait être enseignée. Une thérapie parfois de couple, mais aussi pour les gens qui se sentent seuls, et on revient un peu toujours au même problème de notre société : la solitude et le manque de communication. Sans compter que le harcèlement, le sexisme, le patriarcat et bien d’autres thèmes de société sont traités avec maîtrise, sans jamais donner l’impression de faire la morale.
Mais la série ne s’arrête pas à 7 cas cliniques, tous plus ancrés dans notre inconscient les uns que les autres. Elle dépeint également les problèmes de nos héros de manière drôles ou parfois remplie de mystère. C’est peut-être juste la seule maladresse, mais comme toute adaptation de manga, en reprendre les codes, surtout sur si peu d’épisodes, donne un goût un peu cheap. Se concentrer sur le traumatisme de notre sexologue, avec une musique mystérieuse et des codes visuels, sonne évidemment faux, mais c’est le seul point négatif de la série.
On a tous un traumatisme qui nous empêche d’apprécier pleinement les petits plaisirs des dramas japonais. Moi, c’est quand on essaie de faire peur avec des flashbacks un peu trop flous.
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AARO: All-Domain Anomaly Resolution Office
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HA(A)RO sur les SPEC
Nul n’ignore ma passion pour la série SPEC. Les pouvoirs spéciaux et l’occultisme y étaient parfaitement exploités, non sans humour, grâce notamment à la toute jeune Toda Erika. Elle portait véritablement cette série culte sur son unique épaule valide, pendant une seule saison qui aurait mérité d’en engendrer bien d’autres. L’appel des épisodes spéciaux puis des films a finalement été trop fort et, durant toutes ces années, les agents du service des affaires non résolues nous ont manqué.Alors, quand AARO pointe le bout de son nez en 2024, les vieux souvenirs reviennent et l’espoir renaît. Cette série originale de Fuji TV nous plonge dans une section spécialisée chargée d’enquêter sur les phénomènes que la science ne parvient pas à expliquer. Tout en ayant, avant de lancer le premier épisode, la crainte de découvrir une énième copie ennuyante de SPEC.
Sans tout dévoiler, les similitudes sont pourtant nombreuses, notamment dans le personnage incarné par Alice Hirose. Si son interprétation reste assez classique, très propre sur elle, pas un cheveu qui dépasse, il en est tout autrement des autres membres de l’équipe. Ce n’est donc pas uniquement pour Alice que l’on s’attachera à cette série, mais pour l’ensemble des habitants de cet étrange pays des merveilles. D'autant plus que des switch scénaristiques sont légions renversant nos certitudes sur beaucoup de personnages. Et du coup d'enervant, Fujiwara tatsuya avec son petit air supérieur, devient touchant.
Les phénomènes surnaturels sont largement liés aux croyances ancestrales japonaises, comme les kamis et autres yokais. Chaque épisode permet ainsi de découvrir de nouvelles légendes, qui prennent corps au fil des enquêtes. Mais, bien sûr, cela ne veut pas dire que les apparences disent toute la vérité et chacun n’est peut-être pas celui que l’on croit. Avec une réflexion sur l'être humain bien plus perfide que les dieux.
Très imprégnée de religion shintoïste et de mythologie japonaise, la série propose également une réflexion intéressante sur notre époque. À l’heure des réseaux sociaux, les dieux semblent parfois avoir moins de pouvoir qu’un influenceur. La dépendance et l’adoration de la technologie, qui tendent à remplacer celles autrefois réservées aux dieux, deviennent ainsi un thème de plus en plus présent au fil des épisodes.
AARO est donc un bel exemple montrant que, même lorsque l’on reprend certains ingrédients qui ont fait le succès d’une vieille série, il est possible de se démarquer et d’apporter suffisamment de modernité pour que la recette fonctionne.
Pour ma part, je suis prêt à ingurgiter une saison 2, ah ben non, ils ont osez à nouveau le spécial movie pour conclure la série.
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Detchiage: Satsujin Kyoshi to Yobareta Otoko
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N'avoue jamais que t'es prof
Un brûlot sur les châtiments corporels sans quasiment aucune scène de violence frontale, voilà qui va en dérouter plus d’un, d’autant plus quand le réalisateur n’est autre que Takashi Miike, chantre d’une certaine forme de violence visuelle.J’exagère à peine en disant que le compteur de scènes véritablement choquantes visuellement approche du zéro. Alors oui, on voit bien des enfants maltraités dans Sham, et loin de moi l’idée de minimiser la violence d’un élève poussé, secoué ou houspillé par un professeur. Mais quand on connaît Ichi the Killer ou As the Gods Will, avec des personnages qui s’entretuent dans des situations complètement WTF, Sham tient presque du monde des Bisounours… visuellement.
Parce que là où le maître de la subversion frappe fort, c’est dans la violence psychologique.
Sham est avant tout une leçon sur notre rapport à la justice, aux médias, à l’école et, surtout, à la confiance que l’on peut placer dans ces institutions. Le film ne cherche pas simplement à nous raconter une histoire de professeur accusé de violences sur un élève. Il nous met progressivement face à nos propres réflexes. Qui croit-on ? Le professeur ? La mère ? L’enfant ? Les médias ? La justice ? Et surtout, à quel moment cesse-t-on de chercher la vérité pour simplement chercher un coupable ?
Et c’est là que Miike nous piège.
Concerné forcément par le sujet après presque trente ans d’implication dans l’Éducation nationale de mon beau pays, Sham m’a immédiatement fait penser à une longue vidéo pédagogique destinée aux jeunes enseignants. Une sorte de « Tout ce qu’il ne faut surtout pas être et surtout pas faire », qui se déroulerait sous les yeux d’un pauvre rookie fraîchement débarqué dans l’Éducation nationale.
Le professeur accumule les emmerdes. Les collègues. La hiérarchie. Les élèves. Les parents. Les médias. La police. La justice. Et même lorsque certains éléments semblent enfin lui être favorables, rien ne paraît pouvoir arrêter la machine qui s’est mise en marche.
Mais le film fonctionne également comme un enseignement pour les parents.
Faut-il faire confiance aux profs ou faut-il s’en méfier comme de la peste ? Et finalement, c’est quoi être un bon parent laissé l'enfant apprendre de ses erreurs et en payer les conséquences ou le sur couver ?
Le problème, c’est que Sham refuse de donner une réponse simple à ces questions. La relation tripartite entre l’élève, l’institution scolaire et les parents est déjà suffisamment fragile en temps normal. Mais ici, deux intervenants supplémentaires viennent foutre le bordel : les médias et le public.
Les médias, à la recherche du scoop, amplifient le phénomène, choisissent les mots qui feront vendre et transforment une affaire en véritable spectacle national. Et derrière eux, le public, assoiffé de scandale, réclame toujours plus de sensationnel. Une accusation devient une certitude. Une personne devient un monstre. Et une fois que la machine médiatique est lancée, peu importe finalement que les faits soient plus complexes que ce que l’on a raconté au départ.
Au milieu de tout ce bordel, la justice essaye de faire son travail.
Et c’est finalement le procès qui vous fera retrouver votre bon sens
Parce que le reste de l’œuvre va jouer avec votre sensibilité et vos émotions, les manipuler quasiment à chaque seconde. Tantôt du côté des parents, avec cette mère qui semble prête à tout pour protéger son enfant, tantôt du côté des enseignants, avec un professeur qui semble lui aussi prêt à tout pour défendre son métier, son honneur et ses élèves, mais avec la maladresse de la vraie vie.
Miike construit ainsi une œuvre profondément ambiguë, qui ne vous demande pas simplement de regarder, mais de douter.
Et ce doute est probablement le véritable sujet de Sham.
Le film nous montre à quel point il est facile de fabriquer une vérité collective. Il suffit d'une accusation suffisamment grave, d'un récit suffisamment émotionnel et de médias suffisamment avides pour que le doute disparaisse. On ne cherche plus à savoir ce qui s’est réellement passé. On cherche celui qu’il faut condamner.
Et quand la vérité finit par devenir beaucoup plus compliquée que prévu, le spectateur se retrouve lui aussi devant son propre tribunal.
C’est là que Miike réussit quelque chose de particulièrement vicieux. Il nous fait prendre parti avant de nous donner toutes les cartes. Il nous pousse à juger, puis nous oblige à regarder notre propre jugement en face.
Et forcément, en tant qu’enseignant, certaines scènes prennent une dimension assez particulière.
Parce que derrière le thriller judiciaire, je n’ai pas pu m’empêcher de penser : mais putain, qui voudrait encore faire ce métier après avoir vu ça ?
Quand on voit la somme d’emmerdes que doit potentiellement subir un professeur, de la part de ses collègues, de ses élèves, de la direction, des parents, des médias, de la police et enfin de la justice, il faut quand même avoir une sacrée dose de masochisme pour signer pour plusieurs décennies.
Sham pourrait presque faire baisser le nombre de vocations à lui tout seul.
Et pourtant, c’est justement là que le film devient intéressant. Parce qu’il ne dit pas que les enseignants sont tous des victimes, pas plus qu’il ne dit que les parents sont tous des menteurs ou que les médias sont tous des vautours. Il montre surtout à quel point un système peut devenir infernal lorsque chacun agit avec ses propres certitudes, ses propres peurs et ses propres intérêts.
Mérite-t-il toutes ces emmerdes ?
C’est finalement toute la question du film.
Et c’est aussi tout le talent d’acteurs de Gō Ayano, impressionnant dans un rôle qui lui demande de naviguer constamment entre fragilité, colère, culpabilité et désespoir, et de Kō Shibasaki, dont la performance volontairement beaucoup plus mutique et contenue devient progressivement glaçante. Les deux fonctionnent presque comme deux faces d’un même miroir, chacun laissant au spectateur suffisamment d’espace pour projeter ses propres certitudes.
Et il y a une ironie assez savoureuse dans le parcours de Kō Shibasaki, qui s’était déjà retrouvée de l’autre côté du miroir dans Scandal Eve, autre œuvre où la perception, les apparences et les récits peuvent complètement brouiller notre jugement.
Avec Sham, Miike signe donc une œuvre qui vous fera probablement réfléchir longtemps après le générique. Une œuvre ouverte, inconfortable, qui ne vous offre jamais vraiment le luxe de vous installer confortablement dans le fauteuil du spectateur qui sait.
Et pourtant, aussi passionnant soit-il, le film possède une conséquence inattendue : il ne risque franchement pas de rallonger la liste des vocations dans l’Éducation nationale.
Parce qu’après deux heures à regarder un enseignant se faire broyer par ses collègues, ses élèves, sa direction, les parents, les médias, la police et la justice, on aurait presque envie de lui dire :
« Mec, démissionne. Fais boulanger. Tu vivras plus heureux. »
Mais au-delà de cette plaisanterie, Sham touche à quelque chose de profondément réel. La rumeur, dans notre métier comme ailleurs, peut être l’un des pires poisons. Elle peut détruire un élève, une famille, un enseignant ou une réputation en quelques heures. Et une fois qu’elle s’est installée, revenir en arrière devient terriblement difficile.
Le film est inspiré d’une affaire réelle survenue à Fukuoka en 2003, même si Miike préfère parler d’une œuvre qui s’appuie sur cette affaire plutôt que d’une adaptation strictement fidèle des faits. Cette distinction est importante, parce que Sham ne cherche justement pas uniquement à reconstituer une affaire judiciaire : il cherche à interroger notre rapport à la vérité et la manière dont nous construisons nos certitudes.
Et malgré tout ça…
L’Éducation nationale reste probablement le plus beau métier du monde.
Il faut juste parfois avoir un sérieux grain pour continuer à le penser après avoir vu Sham.
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L'horreur en marque distributeur
Que ce soit dans un vieux cimetière indien ou dans un parc d’attractions désaffecté, il est difficile de trouver un lieu qui n’a pas été hanté par le cinéma américain d’horreur. Les Japonais essayent donc de se démarquer par ce qui fait leur différence et leur fierté nationale. Je ne parle évidemment pas des temples, trop évidents pour accueillir Yokaï et fantômes, mais bien des konbini.C’était évidemment trop facile de faire de ce lieu le cadre de manifestations surnaturelles et flippantes. Il est étonnant qu’il n’y ait pas plus d’œuvres le prenant comme décor ? Tout est réuni et les événements sont tous attendus : la nuit profonde, la solitude de la vendeuse, les plombs qui sautent, la sonnerie si caractéristique et les portes qui s’ouvrent et se ferment toutes seules. Sans compter les petites surfaces comme les cagibis et les caméras de surveillance ou les vitres des rayons où l’on voit des personnes qui n’existent pas.
Tout cela, on s’y attendait et on ne sera que peu surpris par ces séries de jumpscares. Ce manque d’originalité est encore plus patent dans la réalisation, passage à la first person pour faire un clin d'oeil bien lourd au jeu vidéo dont ce film est tiré, mais cela rappelle tellement Blair Witch et consoeurs qu'on se demande qu'elle est le but. Si, dans un jeu vidéo destiné aux ados incultes des fantômes façon Sadako, des cadavres sans yeux ou des enfants dont on ne voit pas le visage qui ne réagissent pas quand on les appelle peuvent surprendre (et encore, Silent Hill, c’est 1999), ici tout est trop attendu. Rien ne vous sera épargné, pour un film qui dure 1h20, mais semble interminable. Chaque scène est du déjà-vu de ces 40 dernières années, et donc pas que dans les films.
Tout juste, Kotona Minami fait ce qu’elle peut pour rattraper ce naufrage par un jeu presque juste, tout en retenue, un peu trop comme le genre le demande, puisqu’elle retourne 4 nuits au travail avant de vraiment flipper et voir les flics. Ni le scénario, ni la réal ne la servent et, malheureusement, elle risque encore, avec ce CV, de galérer quelques années avant de pouvoir avoir un show à la hauteur de son talent.
Bref, il faut prendre The Convenience Store pour ce qu’il est. Une commande pour engranger du cash et prolonger le succès du jeu auprès des fans, sans ambition, tout juste bon à voir entre potes l’été dernier. Mais je ne suis pas sûr qu’ils s’en souviendront.
Une question quand même me taraude. Comment peut-on apprécier le film, alors qu’il nous est destiné, à nous les gamers, quand on a torché le jeu ? Peut-être que la vraie horreur est dans le temps perdu à le regarder.
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Un petit coin de parapluie
Les équipes marketing des distributeurs français me laissent parfois pantois. Alors que l'on pourrait traduire le titre original de ce énième film indépendant distribué par Arthouse par le titre « Je ne peux toujours pas dire que le ciel d'aujourd'hui soit mon préféré », empreint de poésie et d'autoréférence, on a plutôt droit à un nom accrocheur pour retraités de la fonction publique ne pouvant plus voyager. Ils rêvent alors de découvrir des lieux emblématiques de l'ancienne capitale, saupoudrés de romance et de geishas en kimono. Ils seront certainement déçus par ce énième triangle amoureux, révélé dès les premières minutes, mais qui s'étire pendant deux heures et comme seuls les Japonais (et les Français) en ont le secret.Nulle contemplation des lieux célèbres de Kyoto ici. Nous suivons plutôt une slice of life dans une université, mettant en scène trois étudiants solitaires, mais qui ont tout de même des amis. Oui, cette information est importante et rappelée durant l'ensemble du film. On peut être ultra-renfermé, beau gosse, jouer dans un groupe de rock, guitare à la main, ou servir des cafés à des clients bien plus âgés avec le sourire, être pleine de vie et pourtant n'avoir ni amourette ni véritable cercle d'amis. Si, pour la centième fois dans une œuvre japonaise, vous passez une nouvelle fois ce cap psychologique, vous apprécierez les moments de contemplation, la parabole du parapluie, omniprésente, ainsi que les conversations parfois lunaires de trois étudiants découvrant leurs premiers émois amoureux.
Bien sûr, c'est plein de tendresse, notamment grâce à un chien beaucoup trop chou, même si tous les dermatologues du monde seront outrés par la quantité de poils dégagée au mètre cube. À priori, les poils humains semblent poser plus de problèmes aux Japonais que ceux des animaux, mais ce sont surtout les sentiments envers les êtres à deux pattes qui ont du mal à s'exprimer, alors que, pour nos amis à quatre pattes, ils débordent littéralement de la pellicule.
Mais c'est surtout, une fois de plus, le talent de Kawai Yuumi qui dégouline de ce trop-plein de kawaii attitude. La blague est toujours trop facile avec son nom, mais il faudrait aussi qu'elle arrête d'être, à chacune de ses apparitions, la petite amie idéale. Elle prend ce petit accent du Kansai que tous les acteurs semblent essayer d'adopter dans le film avec plus ou moins de réussite, et bien sûr, elle fait succomber chaque spectateur. Lunaire mais radieuse, elle étudie peut-être la philosophie ou la psychologie, mais elle aurait tout aussi bien pu être étudiante en art, recouverte de peinture. Le film rappelle au passage que le chignon est le summum de l'extravagance au Japon et la cause apparente de son incapacité à s'intégrer à un groupe d'amis.
Hagiwara Riku est transparent, comme son rôle l'exige, tandis que Ito Aoi incarne l'amoureuse transie, repérable dès les premières minutes. Bien sûr, Riku-kun est le seul dans la salle de cinéma à ne pas s'en rendre compte. Sous ce principe de shōjo qui agace le quinquagénaire que je suis, j'allais finir par écrire une critique acerbe, alors même que les critiques était plutôt bonnes pour ceux qui ont eu la chance de voir le film sur Netflix Japon, où il est disponible depuis un bon moment.
Mais, évidemment, toutes les longueurs, les effets de style, comme le rétrécissement progressif du cadre pour illustrer le rapprochement des personnages, ou encore tous les ralentis sous la pluie ou de la course du clebs, ne sont là que pour poser les bases de la seconde partie. Commencent alors une recherche, une enquête et un questionnement qui emmènent le public bien loin des considérations adolescentes de la première heure, trop ennuyeuse avec ses déclarations d'amour et ses monologues convenus.
Il faudra suivre le questionnement de notre héros, même si le spectateur se doute rapidement de bien des choses, tant la mise en scène et les allusion aux personnes disparues ne laisse guère de place quant au dénouement. Tout juste sera-t-il surpris par les dernières minutes, mais c'est bien peu connaître le rapport à la vie, à la mort et à la famille qu'entretient souvent le cinéma japonais. N'est-ce pas justement le but des distributeurs indépendants que de faire découvrir la sensibilité de ce pays ? Un film à voir et à apprécier, donc, pour ce qu'il est, mais surtout à ne pas résumer, car il perdrait alors tout son intérêt.
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Golden Kamuy: The Abashiri Prison Raid
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La soif de l'or, encore et encore
C'est avec une légère goutte de sueur sur le front que je lance ce nouvel opus d'une série que j'ai découverte en manga, adorée en animé (pour The Sixth Lie, en vrai) et à laquelle j'ai surtout voué un véritable culte en live action. Et cela, tout en connaissant déjà l'histoire des premiers épisodes, puis des films dont je n'ai toujours pas encore lu la suite du récit en manga. Mais, douze ans après la sortie du premier chapitre, est-ce que j'arrive encore à me passionner pour ce One Piece plus seinen que shonen et encore sous estimé aujourd'hui face à son grand frère.Le pré-générique me rassure immédiatement avec une scène d'anthologie qui, à elle seule, m'a rappelé pourquoi j'aimais tant cette série. C'est évidemment son humour si typiquement japonais, une nouvelle fois centré sur la nourriture. Retrouvant toute la troupe formée au fil des premiers épisodes, on entre immédiatement dans un film qui sonne rapidement comme le point final de l'aventure. Voir toute la bande réunie à la veille de ce qui devrait être la bataille finale fait chaud au cœur, et chacun a droit à son petit clin d'œil, tendre ou humoristique. Une véritable prouesse vu le nombre de protagonistes.
Réunis autour de la bouffe, le fil rouge de toute la série depuis le début, on ne voit pas passer la première moitié du film, alors qu'elle se résume pourtant à une simple veillée. La qualité d'écriture de l'œuvre originale comme celle des scénaristes reste intacte malgré les années. Les amourettes gagnent en intensité, alors que le rapport à la famille devient central dans cet opus.
Mais le film n'est pas avare en action non plus, avec des dernières minutes épiques, marquées avant tout par leur lot de trahisons. Impossible, évidemment, sans avoir lu l'œuvre originale, de faire le bon pronostic. Les protagonistes sont nombreux et, plus encore que la soif de l'or, chacun a ses propres raisons d'en vouloir aux autres. Cette profusion de personnages est peut-être la seule faiblesse d'un format qui ne permet plus de développer l'histoire de chacun comme à l'époque de la série télévisée. Ashirpa et Sugimoto n'avancent guère dans leur relation. Surtout lui, d'ailleurs, qui voit son temps d'écran toujours plus réduit, à devoir le partager avec une multitude d'autres personnages. D'autres liens entre protagonistes semblent également se nouer ou se renforcer , mais je vous laisse le plaisir de les découvrir.
Avec cet opus, qui n'est évidement pas le dernier, le retour des grands mangas est célébré de la plus belle des manières, en parallèle d'une autre sortie, celle de GTO, vingt-huit ans après le premier live action. On imagine alors un opus de Golden Kamuy dans 28 ans avec nos deux héros entourés d'enfants. Les grands mangas sont éternels, mais ces mises à jour amènent aussi à se demander si l'âge d'or du seinen potache mais profond n'est finalement pas derrière nous.
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Ils ne pensent qu'à ça !
Multiplier les scènes racoleuses pour multiplier les vues semble être une particularité des plateformes de streaming, et cela quel que soit le pays de production des séries. Dans ce contexte, il est souvent dommage de passer à côté de belles histoires sous prétexte qu'elles sont classées 18+. Let's Talk About Chu est clairement dans la veine de The Naked Director ou de Raise de wa Chanto Shimasu, avec son approche très directe de la sexualité, aussi bien dans sa mise en scène que dans des conversations qui tournent presque exclusivement autour du sujet. Pourtant, elle mérite qu'on lui accorde bien plus d'importance que cette tête de gondole, qui n'est finalement qu'un prétexte aux belles histoires.Les personnages sont touchants et l'histoire de cette famille de la classe moyenne taïwanaise est vraiment prenante. En voulant mettre le sexe au centre de la vie de chacun, les scénaristes parlent finalement davantage de la famille, de la solitude, des regrets et, bien sûr, de l'amour, dans un monde hyperconnecté où tout doit avoir une valeur, y compris les relations de couple. La série n'a pas peur d'aborder des thèmes plus profonds, autour du classique « fuis-moi, je te suis », qui touche ici toutes les tranches d'âge. C'est cette universalité des thèmes qui résonne avant tout en nous, portée par d'excellents acteurs, tous parfaitement dans leur rôle.
Comme toute bonne comédie, certains traits de personnalité sont, comme il ce doit, un peu trop appuyés, en pensant à la maman extrêmement protectrice envers ses trois enfants pourtant bien trop libres dans leur vie comme dans leurs amours. Celle-ci a épousé les codes de l'épouse du siècle dernier, s'occupant de la maison et des enfants en ne laissant aucune place dans l'éducation au père qui, de toute façon, n'avait pas vraiment l'intention d'en prendre. Idem pour la génération des millennials où, malgré une vie de couple confortable, le mari n'est toujours pas prêt à devenir papa. Ai Chu, la plus jeune sœur, prône la liberté sexuelle sur les réseaux sociaux, mais ce n'est évidemment qu'un prétexte pour s'évader de sa petite vie ordinaire d'esthéticienne, rêvant de gloire et de reconnaissance à grand coup de followers.. L'histoire de son grand frère est également une grande réussite, naviguant d'homme en homme, il est en réalité à la recherche de lui même et d'un véritable amour.
Finalement comme l'ensemble des membres de cette famille, même si personne n'ose vraiment se l'avouer. Et malgré ce que martèle Chu à la fin de chaque épisode, c'est bien d'amour que parle cette série, avec tout l'humour qui caractérise les excellentes séries taïwanaises.
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Tout pour CE moment.
On attend tous ce moment, dans les dramas romantiques, où les personnages principaux vont enfin se déclarer leur flamme. Après avoir ingurgité des heures de « fuis-moi, je te suis », ce climax nous récompense de notre patience. Mais qu'en est-il lorsque les scénaristes décident de nous proposer une histoire d'amour différente à chaque épisode, au point que rien ne semble relier ces récits entre eux ? Une idée qui pourrait facilement transformer la série en simple soap réalité digne des matinées de TF1. Si les deux premiers épisodes renforcent cette impression, il y a bien un jour où tout a basculé, rendant ces trop courtes histoires d'amour véritablement passionnantes.Dès le générique, on comprend que la série souhaite nous faire découvrir l'amour sous de multiples formes. En seulement dix épisodes, il est impossible d'en explorer toutes les facettes, mais le spectre abordé reste remarquablement large et mis en scène avec beaucoup de justesse. Ancrée dans la réalité des années Covid, l'histoire pourrait tout aussi bien ce situer en 2026. Télé-réalité, précarité, handicap, sexualité, bisexualité, homosexualité : At the Moment n'oublie pratiquement aucun sujet de réflexion propre aux années 20. La solitude engendrée par la pandémie, mais plus largement celle qui caractérise déjà nos sociétés modernes, constitue le fil conducteur de chaque épisode. Pourtant, loin d'être déprimante, la série déborde de joie de vivre et d'espoir. Même les spectateurs peu attirés par les histoires d'amour y trouveront leur compte, ne serait-ce que pour l'humour et l'attachement que l'on développe envers les différents protagonistes.
On peut alors regretter de les voir disparaître après chaque épisode, remplacés par un nouveau couple auquel on s'attache pourtant tout aussi rapidement. En réalité, ils ne disparaissent jamais complètement. Ils reviennent sous forme de caméos dans les épisodes suivants, jusqu'à ce que beaucoup d'entre eux finissent par se retrouver à l'approche du dénouement. C'est alors que l'on réalise à quel point on s'était attaché à eux, à leurs sentiments devenus les nôtres, à leurs doutes et parfois même aux choix que l'on aurait souhaité différents. Une pléiade d'acteurs taïwanais de premier plan se succède à l'écran et incarne ces personnages avec beaucoup de sincérité et de talent.
C'est cette variété de situations, dans un Taipei sous cloche durant la pandémie, qui nous fait vibrer jusqu'à souhaiter que la série ne s'arrête jamais. Loin d'être mièvre, elle nous fait réfléchir tout en nous divertissant, comme peu d'œuvres savent le faire. Un véritable moment de bonheur, qui restera longtemps gravé dans nos mémoires.
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La fin de la vengeance chère !
Deux ans d'attente interminable pour la suite de Gedou no Uta en drama. Ce manga en 15 volumes, dont DMM TV voulait faire l'une de ses séries phares en 2024, a pris son temps pour nous offrir une conclusion aux événements de l'épisode 6 de la première saison. Au moins, les plus impatients auront pu feuilleter l'œuvre de Watanabe Daisuke, parue en 2016.Pour fêter les dix ans du manga, DMM TV nous livre donc une nouvelle fournée de six épisodes, à regarder avec le plus grand esprit critique possible. L'ultra-violence et les scènes insoutenables sont bien de retour, mais le propos sur la vengeance et la justice prend une nouvelle dimension avec l'omniprésente Congrégation du Petit-Déjeuner.
Alors que Kamo et Tora rendaient leur justice de manière presque artisanale, voilà qu'apparaît une sombre organisation de rang mondial, décidant en son sommet qui mérite ou non de mourir. La saison relègue alors Sonoda et la vengeance qui l'accompagne au second plan. Après la question « Peut-on se substituer à la justice ? », la série nous demande désormais : « Peut-on déléguer sa vengeance à une multinationale? »
Cette loi du talion vendue au Prisunic pousse Kamo à s'interroger sur ses propres actes et lui confère une humanité qui contraste avec les agissements sans âme de cette pieuvre tentaculaire. Si tous ses membres sont devenus des exécutants par désespoir, victimes inconsolables d'un drame, chacun semble avoir perdu l'idéal qui a présidé à sa création. Argent, pouvoir, influence : plus rien ne semble réellement différencier cette organisation d'une mafia.
Le personnage magistralement interprété par Baba Fumika prend alors une toute nouvelle dimension et s'impose comme la véritable star de la saison. Minami Sara, pourtant présentée un temps comme le troisième membre de la librairie, est finalement très peu présente à l'écran. Des personnages hauts en couleur lui volent constamment la vedette.
Mizobata Junpei est glaçant de froideur, mais également touchant face à une Ano qui cache particulièrement bien son jeu. La plupart des épisodes sont consacrés à expliquer les liens entre les différents protagonistes. À travers flashbacks et révélations, l'aide apportée aux victimes se réduit comme peau de chagrin dans cette saison 2. Il semble bien loin le temps où chaque épisode était consacré à une victime avant de se conclure par une mise à mort des plus sordides.
Cette deuxième saison répond à de nombreuses questions, mais son format nous laisse une nouvelle fois sur notre faim. Si de nouveaux grands antagonistes apparaissent, laissant la porte ouverte à une suite, elle tente également de conclure certains arcs narratifs de manière trop expéditive.
On attendait davantage de mystère autour de Sonoda, dévoilé jusque-là à doses homéopathiques et nous invitant sans cesse à réfléchir sur sa personnalité. Malheureusement, quelques maladresses dans sa conclusion viennent gâcher une partie de notre plaisir malsain de voyeurs.
La série reste déconseillée aux moins de 16 ans. Toujours dérangeante, elle continue d'interroger notre rapport à la justice et à la violence. Elle s'autorise également quelques tranches de vie réjouissantes entre nos deux justiciers et leur fille adoptive.
On oublie souvent de le rappeler, mais Gedou no Uta est aussi une série sur la famille. Kamo retrouve une certaine stabilité auprès de Tora et de Nanako, qu'il considère comme sa propre famille. D'autres cellules familles sont abordées, souvent dysfonctionnelles, parfois mafieuses. Mais au bout du compte, la famille reste la famille.
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N'oubliez jamais, j'ai entendu mon père dire...
Voilà une série prenant le thème de l’abandon comme fil directeur de ses huit épisodes, et pourtant elle arrive à se réinventer à chacun d’eux. Il faut dire qu’avec Ying Shiuan Hsieh, l’histoire de son personnage devient tout simplement passionnante, et révèle une nouvelle fois une justesse, un réalisme et une transmission d’émotions que peu d’actrices, sont capables d’offrir. Même si mes connaissances sur les actrices taïwanaises sont encore embryonnaires, j’ai vite compris qu’elle faisait partie du haut du panier des brioches vapeur.OK, j’entends le silence gêné dans la salle laissé par cette blague de mauvais goût, et pourtant Dieu sait que j’aime la nourriture chinoise. Mais j’aime également le stand-up, et c’est justement l’activité principale de notre héroïne du quotidien dans la série.
Cet autre fil rouge, loin d’être invisible, permet à la série de passer du rire aux larmes sans temps mort. Comme les prestations sur scène d’une comique confirmée, chaque épisode est une véritable montagne russe d’émotions. Je ne peux évidemment que saluer les choix des académies pour les nombreuses récompenses attribuées à Ying Shiuan Hsieh, mais dans ce rôle de quadragénaire, elle crève littéralement l’écran. Elle nous fait rire avec son show et nous entraîne dans sa dépression lors de longues séquences larmoyantes dans sa vie.
Il faut dire que l’histoire est profondément universelle. La gestion du grand âge est certainement le défi majeur de toutes les sociétés actuelles, de l’Asie à l’Amérique, en passant par l’Afrique et l’Europe. Si élever des enfants était l’aventure moderne du XXe siècle, bien vieillir pour nos aïeux, et les accompagner pour nous, lorsque l’on a 40–50 ans et que l’on est accaparé par son travail, sa progéniture, son conjoint ou son absence de conjoint, résonne comme l’aventure moderne de ce siècle. À travers le miroir de la démence, c’est l’oubli, la solitude et le vide de nos vies qui se reflètent. Cette série est alors ressentie comme un manuel de survie pour la quadra moderne. La solitude est bien présente pour toutes ces femmes encore plus que pour les hommes, en général, et le père en particulier. Malgré la bande de copines et même pour la mère de famille, tant le mari est une caricature de mari absent.
Pourtant, on est rarement dans le pathos. Le père, conscient de son état et de son âge, perdant ses amis les uns après les autres, continue de donner de l’énergie positive en faisant son show, jusqu’à l’épuisement. Pierrot lunaire, il remplit de poésie certaines scènes, tranchant avec le réalisme de la vie de sa fille. On découvre avec tendresse la relation qui lie père et fille, dans le présent comme dans les nombreux flashbacks, joués par des acteurs plus jeunes mais pas moins talentueux, où celui-ci s’efforçait de faire bonne figure lorsqu’il élevait sa fille seule tout en montrant de l'égoisme. Forgeant ainsi le caractère de sa fille, idéalisant une mère plus contactée depuis 30 ans
On vibre avec Ying Shiuan Hsieh dans ses réussites professionnelles, amoureuses et sa quête de retrouver sa mère et on espère que tout se finira bien pour ces personnages si attachants et parfois si drôles. Mais le réalisme de la série nous rattrape, certainement comme nos problèmes dans la vraie vie. Forget you not est une vraie réussite d'une toute débutante réalisatrice Rene Liu connue pour ses 30 ans de carrière d'actrice. Ce manuel de vie universel et poétique est ma série préférée de 2025, et vous ne l'oublierez jamais.
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